Problème d'alcool

BILAN : APRES LES FETES...
LES DECONVENUES

  Est-il utile de faire un bilan après les fêtes de fin d'année ? Oui si l'on veut être réaliste.

Parmi ceux et celles qui ont commencé une thérapie liée à leur dépendance vis à vis de l'alcool, un certain nombre a eu des tentations et les ont suivies.

           
  On rappellera ici quelque conséquences de plus en plus rencontrées lors des observations pragmatiques.

On rencontre de plus en plus des problèmes neurologiques sur des sujets qui ne font qu'arrêter et reprendre au bout de petites périodes.

Ne nous cachons pas la face. Des antécédents de fragilité neurologique sont accentués par l'alcoolisation et les arrêts successifs.

   
On notera  certaines réactions où les symptômes alarmants seront toujours minimisés voire ignorés dont les troubles de la mémoire, les psychoses, ainsi que les idées noires.

L'idée de persécution est aussi apparent et il semble que tout le monde nous en veut.

Cas rencontrés 1 Les collègues se moquent de moi. L'EGO EST TOUJOURS TROP PUISSANT.
2 J'ai (toujours) raison mais tout le monde me dit que j'ai tors.
3 Avec mon expérience et mes compétences, comment peut-on me commander ?
  Des effets qui dépendent de beaucoup de facteurs externes  
   
 

Qu'il est difficile d'analyser une situation très compliquée sans tomber dans la facilité aisée et moralisatrice.

 

Prenons un exemple  et essayons de comprendre :

 

L'accumulation de soucis liés à de multiples facteurs qui se succèdent à des fréquences régulières est très difficile à supporter et on peut facilement comprendre qu'un jour, cela amène à des complications.

 

Ce cas réel se situe dans une période d'environ 14 ans (Moselle). Nota : il est régulièrement possible de se retrouver dans un témoignage et il ne faut pas chercher à voir une duplication. Ceux qui le font agissent comme la plupart des personnes en état de fragilité : se croire unique et au centre de tous les centres d'intérêt.

 

Cela commence par un constat. L'alcool est devenu un problème dans la vie de Gaston (nom d'emprunt).

A ce moment, l'alcool a un effet euphorisant et surtout anxiogène.

 

L'alcool diminuant l'esprit critique, les soins sont nécessaires et cela fonctionne bien. La vie de famille s'améliore mais il manque une réalité sociale. Il n'y a que des relations communes sans attachements amicales. Cela est mal vécu et une certaine routine ennuyeuse s'est matérialisée.
Trois enfants, une femme "intello" et peu de plaisirs autres que ceux attachés au petit groupe familial, tel est le résumé succinct du vécu.


Le travail existe, même très rémunérateur, mais comme toujours et cela est vrai dans toutes les entreprises, plus la place est valorisante tant au niveau pécuniaire qu'au niveau responsabilités, les jalousies apparaissent. Cela devient "le panier de crabes" que tout à chacun peut s'imaginer. Le culte d'être le meilleur partout est latent. Il faut travailler et encore travailler pour rester au niveau par crainte de voir les autres venir et essayer de prendre LA PLACE.

C'est humain et tellement courant.

 

Les problèmes addictifs semblent réglés mais il y a toujours la consommation de produits anxiolytiques.

 

Seconde période :

 

Le couple ne va plus. La femme veut reprendre sa liberté et divorce.

 

Gaston a mal vécu la séparation mais a refait sa vie. Malheureusement, le bonheur est de courte durée. Sa compagne est emportée par un cancer foudroyant. C'est la catastrophe sentimentale.

Tous les projets entrepris tombent à l'eau. Les difficultés financières sont devenues trop importantes et l'ex épouse met un malin plaisir à lui pourrir la vie.

On double la difficulté par une famille (frère) qui donne des soucis addictifs et comportementaux.

 

Le retour à l'association se fait trois ans après l'avoir quittée. L'alcool est revenu et dans des proportions beaucoup plus inquiétantes. Gaston est danss une déchéance totale.

 

Les soins ne peuvent plus être ambulatoires et un séjour se fait dans un centre spécialisé. Cela fonctionne et on note deux éléments importants. Les problèmes financiers ont disparu mais ont laissé des traces. L'addiction semble réglée bien que la prise des médicaments perdure. On note encore une certaine fragilité. Il manque une compagnie que Gaston va rechercher sur l'Internet.

La valse des copines commence mais Gaston n'oublie pas celle qu'il a perdue par la maladie.

 

Le travail semble aller bien que...

 

Troisième volet

 

Gaston est un grand naïf. Il suit les conseils d'une personne qui, ayant un charisme important, lui prodigue de soi-disant conseils qui le déstabilise plus que de lui apporter une aide.

Cela ne peut continuer ainsi. L'alcool revient sans doute pour ses effets anxiogènes. Son ex lui pourrit toujours la vie et il entre facilement en conflit avec elle.

 

Valium, seroplex et autres, amènent un état de fébrilité important.

Le retour à une cure est obligatoire mais la thérapie est abandonnée aux deux tiers pour des raisons extérieures et foireuses.

Il faut constater que cela repart en vrille.

Rien ne fonctionne correctement et la situation se détériore. Il commence une relation avec une personne qui a sans doute des qualités mais qui a sensiblement les mêmes traits de caractère.

Qui va prendre l'ascendant ? Nul ne le sait mais, en arrière plan, certains de l'entourage ont pris parti.
L'ambiance est délétère. Cela a un caractère déstabilisant qui n'améliore pas l'ensemble.

 

Quatrième volet

 

Il fallait s'en douter. La situation s'est détériorée. Les nerfs n'ont pas tenu. Nul être humain ne peut vivre une telle situation sur cette longueur sans en subir tôt ou tard des conséquences fâcheuses.

Que peut-on en dire sans faire de spéculations ?

D'après certains spécialistes, il semble que les troubles psychiques entraînés par la consommation d'alcool sont directement liés à son influence sur le système nerveux, et indirectement liés à la destruction physiologique, via la chronicité.

 

L'alcool, pris sur de longues durées, a des effets dévastateurs qu'il faut admettre. Rien n'est définitif semble-t-il mais en sommes nous sûrs ?

 

 
 
  QUE PEUT ON EN DEDUIRE ?  

  Pour certains alcooliques, la pathologie principale est autour de l'alcool. Pour d'autres non.
Se détacher du produit est une démarche difficile surtout si la personne a du mal à admettre une vies sans et ceci définitivement. (A l'heure d'aujourd'hui, nul traitement ne permet d'envisager une autre issue que l'abstinence totale et définitive pour les dépendants)
   

La première chose qui compte dans un soin est la demande. En général ce n'est pas l'alcoolique qui fera cette première démarche, mais son médecin, son employeur, et dans un couple sa femme (ou son mari)...

           
 

La question à demander au sujet, c'est: "pourquoi vous venez faire un soin?".
Très souvent, il espère quelque chose en échange (retour de sa femme, réemploi...). D'autres avancent des alibis plus ou moins "foireux". Mise en avant de nécessités pour les autres mais en occultant leur problème. L'alcoolique ne demandera jamais une psychothérapie, ou du moins de façon authentique. Ils doivent apprendre à demander et le soignant ne devra pas espérer de demande explicite.

 
           
  La cure Il faut toujours, à notre avis, respecter une certaine chronologie.

Essayer la cure ambulatoire en associant un CSAPA et un groupe de parole laissant entrevoir des espoirs. Un groupe de parole d'anciens buveurs est l'endroit où l'on peut rencontrer des abstinents de longue date. Constater que cela est possible est un élément positif.
La cure hospitalière vient ensuite si l'on n'y arrive pas.
Dans les cas difficiles, le recours à la postcure devient possible.
Il est navrant de voir certains professionnels commencer par la postcure et de voir les autres points ensuite. C'est marcher sur la tête.

           
  La thérapie de groupe

Les associations d'anciens buveurs mettent en jeu l'aspect relationnel.
Le vrai drame pour l'alcoolique n'est pas de boire mais la désocialisation.
Lorsque le conjoint parti, qu'il n'a plus de travail, la situation sera compliquée car l'intéressé(e) recherchera dans une alcoolisation supérieure un effet anxiogène. Peu de ceux qui sont arrivés à ce stade ont le courage de réagir. De toute façon, la réaction ne peut pas être dissociée d'une abstinence ne serait ce que pour avoir des idées sensées.

Les associations d'anciens alcooliques tentent d'empêcher, au moyen de la thérapie de groupe que le sujet ne plonge trop profondément. L'accompagnement sera facilitée par le fait que les membres encadrant ont vécu le problème "alcool" et s'en sont sortis (dans la mesure où l'abstinence demeure).

       

L'alcoolisme chronique laisse des traces et peuvent conduire à une pathologie grave voire très grave.  
  Démence alcoolique Affaiblissement intellectuel, réversible si arrêt d'alcool.
           
  Pathologie mentale L'alcoolisme est le symptôme d'une , quelle qu'elle soit. Les éléments dépressifs sont souvent importants. L'alcoolisme est une tentative personnelle de traitement de la pathologie mentale. On peut néanmoins aussi considérer l'alcoolisme comme une pathologie en soi et qui s'auto- alimente, un peu à la manière des symptômes psychosomatiques. L'évolution de la maladie est alors autonome.
   

  Paranoïa

Sous alcool, l'individu a souvent une relation paranoïaque. Quelle que soit la pathologie sous-jacente, l'alcoolisme garde un caractère spécifique. Au niveau de l'alcoolisme chronique, on remarque:

           
  Gustativité   Le plaisir est lié à l'excitation buccale. Ne plus consommer est traduit par une certaine frustration. Le sevrage est alors vécu comme une punition.
Lorsque la consommation reste très liée à la convivialité,
           
  Narcissisme L'alcoolique a un narcissisme fragile, blessé. L'alcool, par l'effet euphorisant qu'il procure, va tenter de combler cette faille.
A jeun, l'alcoolique satisfait à l'idéal du moi, et saoul au Moi idéal.
Sous alcool, il retrouve le narcissisme de toute-puissance. L'alcoolique a du mal à gérer la nostalgie du passé surtout dans les premiers mois de l'abstinence car il n'a pu se satisfaire de ce qu'on a pu lui proposer ou que l'appel de la boisson devient trop fort. Ayant toujours des difficultés sociales et/ou financières, le retour à l'alcool semble être vécu comme une échappatoire. 

Cela peut conduire à une certaine psychose
 évoquant le plus souvent des obsessions redondantes. Le résultat sera une « perte de contact avec la réalité ».
  Compulsion de répétition

C'est un processus d'origine inconsciente par lequel le sujet se place activement dans des situations pénibles, répétant ainsi les expériences anciennes sans se souvenir du prototype, et avec la vive impression qu'il s'agit de quelque chose de pleinement motivé dans l'actuel.
L'alcoolique retrouve sa délivrance dans l'alcool, sans changer de manière de fonctionner.

           
  TROUBLES TRES SERIEUX
 

Encéphalopathie de  Gaget-Wernicke

C'est une avitaminose B1 due à l'alcoolisme avec lésions anatomiques bilatérales cérébrales. On observera une aggravation des troubles nutritionnels, un amaigrissement, une somnolence. En période d'état, on aura des troubles psychiques (torpeur, hypersomnie, rarement un coma) et des troubles neurologiques (nystagmus ou paralysie oculomotrice, hypertonie, troubles de l'équilibre, polynévrite des membres inférieurs, troubles végétatifs). L'évolution avec traitement pourra laisser des séquelles (syndrome de Korsakoff). Le traitement sera de la vitamine B1 en IM à haute dose.

   
  Syndrome de Korsakoff Trouble de la mémoire résultant d'un Gaget-Wernicke ou non. On observe une amnésie antérograde, de la désorientation, de l'affabulation, une anosognosie (inconscience des troubles). L'amnésie s'attache aux faits récents. Le malade pourra croire vivre à une période ancienne, ou dans un autre lieu. On note des fausses reconnaissances, des récits fabulateurs. Le sujet a une humeur euphorique. On a aussi une douleur des masses musculaires et une abolition des réflexes (polynévrite sensitivomotrice). L'évolution est mauvaise. Le traitement sera la vitamine B1 à haute dose.