PROBLEME D'ALCOOL
Un avis parmi d'autres sur la frustration

Comme suite à un sentiment ressenti et relaté par un des membres de la CROIX BLEUE NORMANDIE CAEN en octobre 2018, il a été jugé intéressant d'approfondir ce sujet.  
     
LE SUPPLICE    

Au début de l'arrêt de la consommation, Louis a parlé de supplice chinois, infligé au malade.  
Sa maladie, qui est justement de ne pas pouvoir s'abstenir, comporte comme traitement l'obligation de supprimer l'alcool.
 Ne pas boire en en ayant envie, voilà le supplice, la frustration.
 
      Il est souvent rappelé qu'il vaut mieux supprimer toute consommation alcoolique que d'essayer de ne consommer modérément. La personne tombe dans une certaine psychose, y pense tout le temps et tenir, tenir, ne dure qu'un temps.

Par pragmatisme, la seule solution pour les malades de l'alcool est de couper ses relations avec lui.

  On intime une injonction intenable : c'est plus facile d'être à zéro que d'avoir l'illusion de pouvoir consommer avec modération...
     

Lutter contre le craving, c'est la certitude d'une tension psychique, d'une lutte permanente de gens plein de bonne volonté et qui veulent réellement se soigner et qui pourtant se termine dans une rechute, une mise en échec, une culpabilité avec là aussi une grande désillusion : ils auront du mal à y arriver.

  La durée du craving, son intensité, sa fréquence et ses modalités de survenue sont extrêmement variables d’un individu à l’autre. (on parle de trois à cinq minutes dans lesquelles il faut réagir. La gestion du craving mobilise des ressources cognitives, modifiant l’attention, la perception, la mémoire et la concentration.
     
Certains préconisent l'indifférence à l'alcool et non pas l'abstinence.
C'est une erreur par méconnaissance.
Cette indifférence n'intervient que très tard dans le cheminement et dans les étapes qui mènent à la libération totale.
Etre indifférent vis à vis de l'alcool est un mode de vie exceptionnel.
Il n'est pas question de tricher en prenant des boissons ressemblant à celles contenant de l'alcool.

Par exemple, boire de la TOURTEL ou similaire, n'apporte pas théoriquement de l'alcool physiquement mais psychologiquement rien n'est résolu car on boit encore mentalement.
Cette situation fera revenir tôt ou tard dans le cycle alcoolique.

 
Le stade de l'indifférence est l'ultime étape qui permet à des chanceux de se dire guéris de l'alcoolisme. L'abstinence est le moyen d'arriver au dernier stade. (NON le dernier stade n'est pas celui de pouvoir reconsommer. Ceux qui le croient n'ont rien compris mais vraiment rien compris.)
  Selon tout psychologue patenté, le patient reste auteur de ses choix, il peut choisir l'abstinence ou non. le choix sera cependant vite fait car le patient se jettera sur le plus facile : la modération, tout en sachant que ce sera un pis aller.
Chacun est libre mais le rôle de l’accompagnant n’est-il pas de susciter, de suggérer, de conseiller de faire prendre un chemin bénéfique. Le malade ayant beaucoup de faiblesses peut se voir orienter par persuasion.

Des retors peuvent aussi être convaincus par un accompagnant qui saura lui présenter positivement une direction. (cas du rédacteur qui remercie toujours ceux et celles qui lui ont permis d'obtenir la vie paisible d'aujourd'hui))

Le soignant l'accompagne là où il en est, là où il est prêt à aller (parfois à son insu), acceptant le malade dans son parcours et sa trajectoire. L'abstinence doit rester un but même s’il reste très loin pour certains. 

L'origine de l'abstinence (histoire de la Croix Bleue : Valentigney DOUBS) comme traitement nous vient de la Suisse. Les américains nous ont apporté l’anonymat (AA) après la guerre de 1939-1945 ainsi que leur alcool fort (whisky). Les sociétés néphalistes (mot que nous n’aimons pas car portant un concept trop strict. Le néphaliste se veut intolérant vis-à-vis de la consommation d’alcool pour tous).  
     
   
Il y a des usagers non malades et
 il y a des usagers qui tombent malades : la différence ?
Une maladie particulière puisque, dans le même contexte et le même comportement, certains peuvent boire et pas d'autres.

Chacun a une réaction différente et un buveur excessif peut le rester sans tomber malade.
Il faut savoir accepter son sort et ne pas envier le voisin qui aura d’autres contraintes.

Cette conception empirique de l'alcool comme molécule allergisante explique ce dogme de l'éviction de toute molécule d'alcool prôné par les AA comme le vin dans la cuisine ("coq au vin", "choucroute au riesling"...) ou l'interdiction d'utiliser les parfums et les après rasages. Ce sont des dogmes psychotiques.

La Croix Bleue, se différencie par son concept, préconise de ne pas mettre d'alcool dans le verre ou un récipient s'y rapportant.

     
VOULOIR REGLER SON PROBLEME D'ALCOOL.

On exclut le patient du choix de sa stratégie de traitement en lui cachant certains aspects et en proposant à tous la modération en dépit de toute réalité pragmatique

L'être humain est un sujet pensant, normalement acteur dans la thérappie mais il choisira, par convenance, une autre route que l'abstinence lorsque celle-ci est l'unique solution.
Le traitement en fait est plaqué de façon obligatoire à des patients qui ne sont pas prêts et qui subissent une injonction qui les exclut en tant que sujet par des médecins qui imposent des protocoles qui sont notoirement inefficaces, avec un taux de rechute extrêmement élevé. (Traitement type : 1 médicament contre le craving : aotal, Revia ou autre, un anxiolytique et un anti dépresseur)
     
Aujourd'hui, la prise en charge est rapidement faite : on propose des entretiens motivationnels, on refuse les traitements sous contrainte même chez des patients addictes et en grand danger sous prétexte qu'une personne est libre de ses choix.
A-t-on son libre arbitre lorsque l'on est alcoolisé du matin au soir ?

On éclaire les patients sur des risques qu'ils encourent ou on propose un travail psychologique. Pour ceux qui sont en échec et récidive, on propose ce traitement considéré par certain comme miraculeux : le BACLOFENE ou le SELINCRO.
     
Il est vrai que le BACLOFENE est un produit qui  a attiré, qui a été prescrit contre l'avis de beaucoup de médecins et une fois de plus cette grande avancée dans la prise en charge s'est faite grâce  au lobbying des patients (énorme succès sur internet des blogs sur le BACLOFENE, 50 000 patients traités illégalement par un traitement qui plait) et surtout des laboratoires. Les patients se sont approprié leur traitement au grand dam de beaucoup. Comme pour les autres traitements, il y a beaucoup de candidats et très peu d'élus. Nous pouvons citer des témoignages de gens déçus et qui ont eu des effets secondaires loin d'être négligeables. (A lire ailleurs dans ce site)
     
UN AVIS D'UN MEDECIN QUI A EXPERIMENTE (En a-t-il le droit ?)  

Nous étions relativement peu nombreux à accepter de prescrire, jusqu'à ce qu'un certain nombre de généralistes s'engouffrent également dans cette voie et se mettent à prescrire, parfois en dehors de toutes recommandations de bonnes pratiques.

POUR RESUMER, CERTAINS PROFESSIONNELS DE SANTE ONT JOUE AVEC LA SANTE DES PATIENTS.
J'ai donc rapidement, après la sortie des premières études d'AMEISEN et de BEAUREDAIRE, pris sur moi de prescrire hors AMM, en informant les patients et en leur faisant signer un accord de traitement expérimental, un traitement par BACLOFENE. dit ce médecin.

 

Mon premier cas clinique était représenté par une femme, rencontrée à plusieurs reprises au service des urgences dans un contexte suicidaire. Infirmière libérale, commençant à avoir de grosses difficultés dépressives et d'alcoolodépendance. La patiente était en grande difficulté avec ses collègues de travail qui se sont plaintes de son comportement alcoolique pendant son travail auprès de l'ordre des infirmiers. Elle a également été convoquée par le médecin inspecteur de l'ARS en raison d'un comportement alcoolisé pendant son service. Malgré de multiples sevrages et également post cures, les rechutes suivaient très rapidement ses démarches de soins.
Dans ce contexte de récidive, de prises de risques importantes tant sur le plan santé, que sur le plan psychologique, que sur le plan somatique, je lui propose cet essai au BACLOFENE qui s'avère une véritable transformation de son état. Il y a peu de progrès. Je m'aperçois par la suite qu'elle souffre de bipolarité et que la prescription d'un régulateur d'humeur a résolu en partie le problème.  NDLR : S'il y avait eu un travail en équipe plutôt que des soins généraux, on aurait sans doute évité une fois de plus une erreur de diagnostic.

Le Baclofène est vraiment encore considéré comme le produit miraculeux.

     
Le second exemple n'est pas cité par respect vis à vis du corps médical. En résumé, le miracle s'est amplifié.

SDF en ivresse permanente, Baclofène, arrêt de l'alcool, travail retrouvé dans la foulée et resocialisation immédiate.
Arrêtons les délires...

     
UN NOUVEAU CONCEPT ET DES IDEES DANGEREUSES : Nous rapportons ici la théorie d'un professeur de CHU, responsable d'un service d'addictologie.

Sur 5 millions de buveurs excessifs et 2 millions de malades alcooliques, seulement 150 000 seraient réellement soignés, ce qui représente un rapport coût/efficacité en santé publique très faible.
     
UNE GRANDE IDEE PHILOSOPHIQUE : Est ce qu'il vaut mieux un patient ayant une réduction de sa consommation d'alcool ou est ce qu'on considère qu'un patient guéri est un patient qui ne boit plus ? Grande question dont la réponse se trouve dans la pyramide de SKINNER.

Il y a ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent plus.

Cependant, le risque de rechute est extrêmement lié à la dépendance, dépendance qui n'apparait plus dans le DSM V où on aborde plus maintenant que les troubles liés à l'alcool. Le DSM V n'est qu'un document. Le fait de répertorier autrement ne change rien au problème mais la réécriture permet d'avoir meilleure conscience devant des problèmes que nous n'arrivons pas à résoudre.
     
FRUSTRATION ET CONSEQUENCES SOCIALES

Boire malgré les conséquences et les conséquences seront lourdes.
Certains anciens buveurs parlent de leur chance : ne pas avoir tué ou mutilé lors de leur conduite automobile sous emprise alcoolique.

Il faut penser à toutes les conséquences mais l'accident qui blesse ou tue entraine des
     
  FRUSTRATION PENDANT LES SOINS Il faudrait agir sur des neurotransmissions ou sur "l'axe du stress" dont l’activité augmente pendant le sevrage, constituant un facteur de rechute.  
     
  Un autre objectif est de mieux comprendre les facteurs impliqués dans la vulnérabilité individuelle à la dépendance et au développement de pathologies comme la cirrhose ou l’hépatite. Les fait de souffrir de ces pathologies augment le sentiment de frustration : pourquoi moi ?
C'est l'incompréhension et un oubli car chacun sait que les conséquences seront différentes entre les personnes atteintes de cette addiction.
     
POUR TERMINER, LE SENTIMENT DE FRUSTRATION EST  PERMANENT DANS LA MESURE OU L'ON NE FAIT PAS UN EFFORT PERSONNEL.
L'ABSTINENCE NE DOIT PAS ETRE CONSIDEREE COMME UNE PUNITION MAIS COMME UNE EVOLUTION D'UNE MALADIE QUE L'ON A CONTRACTEE.
CONSIDERER CET ETAT COMME UNE OBLIGATION POUR POUVOIR CONTINUER A VIVRE ET A VIVRE PLEINEMENT.
LES SEULS REGRETS SERONT PRESENTS LORSQUE LA CONSOMMATION AURA CONTINUE ET QUE LES CONSEQUENCES ARRIVERONT ET ECOURTERONT EVENTUELLEMENT L'EXISTENCE.

CEUX QUI DECLARENT AVEC VEHEMENCE QUE LE DECES NE LEUR FONT RIEN, NE TIENDRONT PLUS LE MEME DISCOURS LORSQU'ILS SERONT DEVANT CET ECHEANCE.