Un moment difficile à vivre ASSUMER LE PASSE CE QUI M'EMPECHE D'AVANCER  
       
Le fait de se se sentir coupable amène une grande détresse difficile à combattre.
Mouronner, rabâcher, se poser des questions en accusant plus ou moins son entourage (en s'oubliant au passage),  met dans des états dépressifs importants et difficiles à vivre.

Généralement, le regard porté sur les alcooliques par le monde extérieur n’est pas tendre.

 

INSULTES PRESIDENTIELLES.

Un des grands paradoxes vient du fait que le mépris de l'alcoolique n'apparait, dans notre société, qu'après des événements particuliers.

 

Ceux-ci peuvent prendre diverses formes :

 

Un contrôle d'alcoolémie avec ou sans accident, qui conduit à des peines (suppression du permis de conduire, prison avec sursis, etc.)
Des violences.
Un licenciement pour cause d'alcoolisme avéré.
Le plus difficile à comprendre est, et c'est aberrant, le commencement de soins. Cela devrait être le contraire et pourtant. Nous avons connu un cas de licenciement subi lorsque cette personne a suivi une cure. Cela ne devait pas faire "bien" dans l'entreprise de renom.
 
Lorsque l'on est buveur excessif, des commentaires peuvent apparaitre. Si l'on commence des soins, il semble que l'on possède ensuite une grande pancarte dans le dos " ALCOOLIQUE". Donc, mieux vaudrait "boire trop" que de prendre la décision de se soigner. Beaucoup de malades ne veulent pas que l'on sache la nature des soins. D'autres préfèrent se renfermer et ne pas vouloir consulter de peur de se voir rejeter de leur milieu social.  
       
A cause de ce sentiment négatif, l’arrêt de l’alcool est difficile et les ré alcoolisations sont fréquentes.

On compte ensuite et toujours sur l’alcool pour effacer notre honte, et ça, en dehors de toute logique.  
       
Cette culpabilité peut ne pas s’arrêter avec l’abstinence et devenir une souffrance, qui laisse la place à 5 options :          
1 La recherche stérile

Deux attitudes peuvent bloquer le début de la thérapie.
Chercher pourquoi on a bu, pourquoi tout a été brisé
(couple, travail, ...).
Ne pas accepter les conséquences et on tourne en rond, sans avancer et surtout c'est aussi se lancer dans un doute permanent destructeur.
Voir l'avenir avant tout. Arrêter la consommation et commencer à reconstruire petit à petit. Loin de nous l'idée de régler le problème de l'alcool et attendre pour la suite. Ce sera aussi destructeur. Cet arrêt addictif pourra durer plusieurs années et ne pas se reconstruire une faute grave car la dépression s'ancrera encore plus.

Le "POURQUOI J'AI BU" devient important pour ne pas refaire les mêmes erreurs.

Certains recherchent jusqu'à leur petite enfance. Cessons de faire du psychodrame. Les causes pour la plupart des gens sont beaucoup plus simples. Rejeter sur les autres son problème est beaucoup plus facile.

 
       
2 La continuité

Continuer à naviguer entre arrêts et ré-alcoolisations, avec tout le découragement que cela peut entraîner, la perte de confiance en soi, le sentiment de ne pas y arriver.
 

On continue donc notre vie en dent de scie. L'alcool est toujours présent avec des essais de contrôle inefficaces.
Et en général, un jour c’est la catastrophe.
 
       
3 Une phase de doute Rester dans cette sensation de culpabilité, avec un niveau élevé de risque par rapport à l’alcool et ressentir ainsi une souffrance qui peut devenir une bataille quotidienne pour ne pas reboire.
Nous sommes loin de l’abstinence heureuse et on "tient" mais cela reste très court avant une reconsommation.

L’alcool est toujours une partie intégrante de notre vie, même si on a admis qu’il ne pouvait rien pour nous.
 On a du mal à ne pas revenir vers ce produit surtout si les conditions s'y prêtent bien.

 
       
4 Une phase de réalisme

Des essais et tentatives d’oublier en totalité la période de sa vie antérieure à l'arrêt. Faire comme si elle n’avait jamais existé.
Bien que certains penseront que c'est un déni, nous suggérons de faire ainsi car seul l'avenir est modifiable. Vivre dans le passé et dans le remords n'a jamais apporté de solution viable.

Cependant, la vigilance doit être constante car on vit sans alcool mais pas hors alcool.  
       

5 La phase ultime et que l'on envie

Un état très difficile à réaliser : regarder en face la réalité.
Cela nécessite d'avoir du recul et surtout d'avoir réfléchi en abandonnant toute volonté de se cacher la vérité pourtant toute simple.
Effacer le passé n'est pas possible (
car rien ne peut effacer ce que l'on a réalisé) mais il faut apprendre à l’accepter sans que cela pèse douloureusement sur notre vie.
Un travail sur soi et sur les causes de notre alcoolisme est une aide importante pour arriver à ce stade. L’important est de pouvoir se regarder en face, sans la honte  et sans la culpabilité.

Ceci nous amène vers une vie hors alcool, la plus confortable et celle vers laquelle on doit se diriger.
Il faut beaucoup de motivation et de conviction pour conserver cet état d'indépendance vis à vis du produit.
Vouloir essayer d'y revenir et ce sera une catastrophe assurée.
 

Il faut au final avoir une certaine fierté, celle d'avoir réussi à vaincre cette addiction. On appelle ce stade "libération", "guérison " ou autre selon l'association dont on fait partie.
Qu'importe le terme du moment que l'on arrive à une situation de totale liberté SANS CONSOMMER ET SANS ENVIE.

ATTENTION !
Cela ne permet pas d'oublier notre vécu avec l’alcool mais d’en tirer suffisamment de  connaissances afin d'obtenir la force de continuer à avancer.

Notre passé d’alcoolique nous permet aussi de comprendre ce que vivent les autres et de pouvoir les aider à franchir les différentes étapes. (Rôle associatif)

 
       

 

Des témoignages importants

ALCOOL, CULPABILITE, HONTE...

 
     
Agathe (pseudo) Depuis mon enfance, l'alcool était au centre de ma vie avec un père alcoolique.
Ma mère étant anxieuse à chaque fois qu'il était tard et qu'il n'était toujours pas rentré à la maison, je dormais avec elle, pour la protéger s'il venait à rentrer soul, spectatrice de scène violente ... je résume .
Mais parents ont fini par divorcer. J'allais seule le voir, toujours à surveiller s'il n'avait pas bu.
Je ne supportais pas de le voir s'étaler de tout son long, ses phrases sans queue ni tête alors que par ailleurs c'était un homme brillant.
je me suis mariée très tôt, mère à 18 ans, puis à 22.
J'avais un problème d'alcool latent mais pas encore avéré pendant de longues années et cela m'angoissait.
Puis j'ai divorcé pensant qu'avec mon autre compagnon ce serait mieux. Il buvait aussi et là moi aussi j'ai sombré.
Je l'ai admis sans rien faire mais j'ai fini par me séparer de cet ami.
Je suis restée quelques temps toute seule.
Puis un  nouvel amour, encore plus dévastateur avec des tas de problèmes à gérer en même temps.
L'adolescence de ma fille, la naissance d'un nouveau bébé, le suicide de ma sœur, la culpabilité pour tout. Pour moi, tout est toujours de ma faute et quand en plus on vous le susurre ....
Par qui, par un psy qui qui me suit depuis  12 ans.

Quand j'ai enfin réalisé que j'étais en danger et qu'on ne m'aiderait pas chez moi, je suis partie en cure. Abstinente, j'ai essayé de refaire ma vie. Cela a été très difficile puis la descente au enfer a repris avec des médicaments à outrance.
Je n'avais plus conscience de rien ni de mes responsabilités mais je pouvais me relever parce que je sais toujours taper à la bonne porte quand il le faut.
Cette période n'aurait pas durée longtemps dans mes souvenirs.
Le courrier de la juge aux affaires familiales déclarant : "Vous ne pouvez plus voir votre fille" m'a démolie. Cette décision a été prise suite à des témoignages, des mensonges et tentatives de destruction.
Mon ami n'avait pas supporté que je le quitte et il avait pensé que j'étais un danger pour ma fille.
Trois années se sont écoulées avec des rechutes puis enfin l'abstinence totale.
J'essaie de récupérer ma fille mais c'est difficile, très difficile.
Finalement il y a la question que je me pose : responsable certes mais suis-je coupable?
     
Isidore Pour ma part, j'essaye de laisser le passé derrière moi pour pouvoir avancer.
Bien sur, je fais un travail sur moi pour démêler certains nœuds de mon passé mais, à mon rythme, et sans culpabilité....enfin, j'essaye

     
Georgette Coupable ??? mais de quoi ??

On a tous été bercés pendant notre enfance par des pubs et contre pubs qui ne nous touchaient pas :
"Quand les parents boivent, les enfants trinquent!"
"Un Ricard sinon rien!"
"Patron, 3 Duval!"
"Attention un train peut en cacher un autre!" ... heuuu peut-être pas celle là !!
"Midi, sept heures, l'heure du Berger"
"Le vin des soldats"
"Le dernier pour la route" (meurtrier, celui-là!!). Vie romancée et trop loin de la réalité.
ET POURTANT, je suis tombé aussi. Pourquoi alors que j'avais vu et souffert de l'alcoolisme.
Des questions, j'en ai et n'ai pas de solutions.

     
Valéry L'image de l'alcoolique que l'on m'avait montrée : Images d'Epinal de l'ouvrier qui dépense sa paie au bistrot et qui ne rentre chez lui, saoul, que pour battre sa femme et terroriser ses enfants,
du clodo cuvant, son litron entre les bras, couché sur un banc public.

Entre cela et la réalité, il y a nous ... Qu'on ait trouvé du réconfort dans l'alcool, c'est indéniable,
que l'effet anxiolytique de l'alcool nous ait permis de continuer à (sur) vivre entre le chômage, les problèmes ... les médocs que l'on prend ou pas, de l'alcool toujours plus présent car il en a comblé des vides .... mais poivrot, quelle horreur!!!

On s'est fait piéger mais sans le vouloir et de quoi est-on coupable ?
Faut-il culpabiliser ?
Que fait-on au juste ? Vivre en regardant d'un œil derrière soi pour voir ce que l'on a perdu et avec l'autre devant soi où l'avenir n'est pas rose.
On a juste oublié de regarder le jour qui passe et il avouer que l'alcool nous a bien aidé à ce petit jeu.
A vivre un pied sur hier et l'autre sur demain,
on chie sur aujourd'hui
(amis de la poésie, bonsoir!!) (NDLR :
texte retransmis en intégralité)


Hier, c'est le passé et nous ne pouvons le refaire, demain n'est pas encore là et aujourd'hui est un cadeau ... c'est peut-être pour cela que ça s'appelle "Le Présent" !

     
Marie (pas de projets à long terme) Le matin, je me choisissais UNE chose à faire pour la journée .... et j'essayais de m'y tenir ... et si cela a marché pour moi .... pourquoi pas pour toi ?  
     
André (Pseudo Carpe Diem (un jour à la fois))

AUJOURD'HUI...

J'essaierai de vivre ce jour seulement, n'abordant pas tout de suite le problème de toute ma vie.
Je peux faire, pendant douze heures, une chose qui m'effraierait si je sentais qu'il me fallait l'exécuter toute ma vie.
 
   
Je m'adapterai à la réalité. Je ne tenterai pas de tout arranger selon mes désirs. Je prendrai la chance comme elle se présente et je m’en accommoderai.

J'essaierai de cultiver mon esprit. J'étudierai. J'apprendrai quelque chose d'utile. Je ferai un effort mental. Je ferai quelque chose qui demande de l'effort, de la réflexion et de l'attention.

J'exercerai mon âme de trois façons je rendrai service à quelqu'un sans qu'on le sache, si l'on s'en aperçoit, cela ne comptera pas. Je ferai -seulement pour m'y habituer- au moins deux choses que je ne veux pas faire. Je ne ferai voir à personne que l'on me fait de la peine ; on peut me blesser, je ne le ferai pas voir.

Je serai aimable. Je me montrerai à mon mieux, je m'habillerai convenablement, je parlerai bas, j'agirai avec courtoisie, je ne critiquerai pour aucune considération, je ne trouverai rien a redire, essayant d'améliorer et de corriger que moi seul.

Je me ferai un programme. Je ne le suivrai pas, sans doute, pas exactement, mais j'en aurai un. Je fuirai comme la peste la hâte et l'indécision.

Je m'accorderai à moi-même une demi-heure de paix et de détente. Au cours de cette demi-heure, j'essaierai d'entrevoir ma vie sous un jour meilleur.

Je serai sans peur. Je n'aurai pas peur, surtout, de jouir de ce qui est beau et de croire que je recevrai du monde dans la mesure que j'aurai donné au monde.
     
Nadia J'ai consommé la dernière fois voici un peu plus de trois semaines, après près de 40 années de consommation régulière (je vais sur mes 52 ans) mais j'en ai pris conscience que ces dix dernières années.
J'ai compris finalement que je n'étais pas loin du "fond", ou du "caniveau" comme me l'a dit si gentiment une amie... mais pas de "déclic"....

J'aurai pu accepter de l'aide, mais je réalise maintenant que je suis sobre.
Cette motivation vient de mes enfants.

Je veux tout assumer, surtout "les années perdues", car je sais maintenant que le meilleur de ma vie est devant moi) - il ne doit pas y avoir de place pour les regrets, sur le temps "gâché" et les amours "perdus".
Le faire serait de nouveau une perte de temps et de gâchis.


Le regret consiste d'abord en un constat des faits, c'est une preuve d'intelligence et un moteur de transformation. Il permet de reconnaître les erreurs et de souhaiter ne pas les répéter. Il incite à réparer le tort commis, lorsque c'est possible.
Si nous avons fait de la peine à quelqu'un, la mémoire de cet acte et le regret qu'il engendre nous aident à éviter de blesser à nouveau.

Même si cela paraît paradoxal, le regret peut aller de pair avec l'optimisme, puisqu'il s'accompagne d'un désir de transformation et aide à considérer la situation actuelle comme un point de départ sur le chemin qui permet de devenir un être meilleur.

     
   
DES QUESTIONNEMENTS QUE SE POSE PAUL (Pseudo)    
     
« QUELLE HEURE IL EST ? »

 
     
Je mets cette angoisse-là en majuscule, parce que ça doit être celle qui fait palpiter le plus fort mon cœur fragile : se réveiller un lendemain de soirée un peu trop intense, c’est se réveiller avec une très grande probabilité d’ouvrir les yeux en un bond, persuadé d’être à la bourre pour la fac, l’école ou le boulot.   Le pire, c’est que, bien souvent, on émerge de cette façon assez violente le week-end, plus tôt encore que notre réveil en semaine. Se rendormir dans ces conditions compliquées, avec de la sueur qui perle en haut du front et le cœur qui tambourine jusque dans tes yeux, c’est pas Feng Shui, c’est pas très matin Ricoré.
 Ça pue le vieux slip, comme moment.
 
       
« Est-ce que j’ai fait des dégâts ? »

 
     
Dans quel cas de figure cette angoisse peut-elle pointer le bout de son nez ? Elle arrive quand tu as passé la soirée de type festive chez un ou une pote ou, pire, dans la maison de ses parents. Même si tu n’es pas une habituée des black outs, ces réveils où tu as oublié une partie de la soirée de la veille, il est possible que tu vives un moment d’incertitudes.
Est-ce que tu as pété des trucs ? Est-ce que tu as foutu le feu à la maison ?
Est-ce que tu as rêvé que tu fumais une clope dans le lit des parents de ton ami en le regardant te supplier de sortir… ou est-ce que tu l’as effectivement fait ? Est-ce que tu as pété sur le nouveau canapé ?
 

Il faut quand même quelques minutes, quand on a une personnalité qui se fout la pression, pour arrêter de culpabiliser à l’idée d’avoir fait quelque chose de mal.

C’est déjà assez flippant, comme cas de figure, mais ça peut être pire.

 
       
« Est-ce que j’ai fait des dégâts chez mes propres parents ? »      
   

 
Tes parents sont partis en week-end, c’est le moment idéal pour faire une petite soirée :
la capacité de leur appartement ou maison est certainement beaucoup plus importante que celle de ton studio, et tu n’es pas obligé de trier tes invités sur le volet, en leur faisant limite passer un casting ou un QCM.
   
     
Évidemment,  on peut culpabiliser. Mais existe-t-il pire angoisse que celle de savoir que tes parents vont rentrer d’ici quelques heures, que la moitié des chaises de la terrasse sont cassées, que ton meilleur pote a vomi dans les géraniums, que les portes sont hors de leurs gonds et que le sol colle tellement que trois mouches agonisent dessus, incapables de se libérer les pattes ?    
       
« Est-ce que je me suis ridiculisé ? »      

Il m’arrive de grimacer de honte en repensant, au réveil, à quelque chose que j’ai fait la veille. Je me sens ridicule, j’ai l’impression que les gens n’oublieront jamais ce faux pas, qu’ils me verront toujours comme « le type qui faisait des jeux de mots sur le pet le à 6h54 ». C’est comme si, à ce moment-là, j’étais persuadé que socialement, je ne pourrai jamais me relever.

 

 
       
« Combien j’ai dépensé ? »      

Pour toutes les fois où tu retrouves, en allant te chercher un petit-déjeuner, l’équivalent de ton poids en reçus bancaires au fond de ta poche, et ta carte bleue jetée au fond de ton sac.

Quand je suis dans ce cas de figure, personnellement, j’agis de manière prudente et adulte : je les jette avant de faire le calcul pour savoir combien j’ai dépensé. Le déni est mon meilleur ami.

Et toi, quelles sont les plus grandes angoisses que tu te coltines au réveil, les lendemains de soirée ?  

 

 
   

 
« Qui est à côté de moi dans le lit ? »    
     
C'est un grand moment de se retrouver au lit avec une fille que l'on ne connait pas du tout.
Je ne sais même plus son prénom. Je suis gêné et elle non.

Je pense souvent à ceux (et celles) qui ont été comme moi. Cela peut avoir des conséquences gravissimes.

  On m'a relaté le cas d'une dame qui sortant seule, retrouvait à son réveil, un homme et à chaque fois différent.

Il faut avouer que comme pour moi, ce n'est pas terrible comme comportement (mais fréquent semble-t-il)