DES QUESTIONS ET ENCORE DES QUESTIONS...

         
  Demander de l'aide à une association est une bonne solution lorsque l'on a un souci de surconsommation alcoolique.
  Cependant, il y a des règles minimales à respecter.      
Des demandes,  nous en avons un nombre conséquent mais il est regrettable de voir des personnes abandonner trop vite. Pourquoi ?
Certains minimisent les efforts à faire.
D'autres espèrent encore pouvoir consommer un peu.
Il y a une volonté de revenir comme avant (impossible)
Les plus courants : je fais la démarche pour conserver ce que je suis en train de perdre (conjoint, travail, enfants et surtout Le permis de conduire)
etc.
 
Des questions nous ont été posées et sont retranscrites ici. En voici la liste (un clic vous y amènera) Question 1 : "Le déni, tout le monde en parle mais j'ai du mal à savoir exactement ce que c'est.

Question 2 : On m'a dit que je pouvais choisir de ne faire qu'une partie des soins.

Question 3 : On me dit que je peux modérer. Est-ce vrai ?

Question 4 : Est-il utile de savoir combien de verres boit mon mari, mon fils ou ma femme pour savoir s’il est en difficulté avec l’alcool ?

Question 5 : Peut-on vraiment être en difficulté avec l’alcool si on ne boit pas tous les jours ?

Question 6 : Comment expliquer la perte de contrôle face à l’alcool ?

Question  7 : Comment peut-on définir le binge drinking ?

Question 8 : Qu’est-ce qu’un abus d’alcool ou une consommation nocive pour la santé ?

Question 9 : Qu’est-ce que le sevrage d’alcool ?

Question 10 : Qu’est ce que le craving ou l’envie irrépressible d’alcool ?

Question 11 : Pourquoi les dépendants semblent-ils se mentir à eux-mêmes ?

Question 12 : Quels sont les risques médicaux d’une consommation excessive d’alcool ?

Question 13 : Peut-on mesurer sa dépendance ?

Question 14 : Comment les groupes agissent-ils sur la dépendance à l’alcool ?

Question 15 : L’alcool est-il un antidépresseur ou crée-t-il des dépressions ?

Question 16 : Quelles sont les causes biologiques de l’addiction à l’alcool ?

Question 17 : Comment agissent les traitements en alcoologie ?

         
Témoignage  
Un des derniers appels concerne quelqu'un de très motivé. (Au moins cela le semblait lors de la visite d'un de nos accompagnants) Essayons d'analyser les motivations en jeu.  

   
Lorsque la personne concernée essaie de faire le point de sa situation (à jeun), il arrive à mettre en avant les causes de son addiction grandissante ou effective. A noter, que cet examen personnel est déjà un point positif. C'est la preuve tangible que l'on sort du DENI.  
       
Question 1 : "Le déni, tout le monde en parle mais j'ai du mal à savoir exactement ce que c'est.
  1. Je ne bois pas plus que mon voisin.
  2. Je peux arrêter quand je veux.
  3. C'est une maladie donc c'est indépendant de ma volonté.
  4. C'est mon choix donc on ne peut rien m'imposer (surtout vu dans des centres de soins)
  5. Etc.

On verra des alibis plus ou moins foireux mais qui empêcheront de cesser l'addiction.

Réponse de notre association.
Lorsque l'on a un souci, c'est faire croire que l'on n'a rien à voir avec ce dernier. C'est nier aussi à soi-même l'existence du problème (?).
C'est aussi refuser l'état de dépendance.
     
Question 2 : On m'a dit que je pouvais choisir de ne faire qu'une partie des soins. Ne faire qu'une partie de la thérapie et ce sera un échec quasi assuré.

Commencer une thérapie, c'est aussi accepter de la faire en totalité.
Question 3 : On me dit que je peux modérer. Est-ce vrai ?  

Le diagnostic de difficulté avec l’alcool et en particulier d’abus ou de dépendance alcoolique n’est pas lié aux quantités consommées et il n’est pas très utile de poser de manière agressive la question des quantités d’alcool bues à celui qui est en difficulté.

 Son entourage lui demande assez souvent de se justifier ou de se modérer, niant ainsi la réalité de la dépendance.

Le diagnostic de dépendance à l’alcool, d’addiction vis-à-vis de cette substance ne correspond pas au franchissement d’une dose seuil. Pour l’expliquer autrement, il n’y a pas de quantité d’alcool à partir de laquelle on est malade et de quantité d’alcool au-dessous de laquelle on a une relation normale.

Un dosage  pour l'un ne sera pas valable pour le suivant et vice versa.

En simplifiant, c'est vouloir continuer à boire mais en maitrisant la consommation c'est à dire peu.
 
A notre connaissance, peu, voire très peu, ont réussi ce stade.

Malgré tout l’alcool exerce une toxicité certaine. L’état de santé dépend de la quantité d’alcool que l’on consomme. L’Organisation Mondiale de la Santé définit régulièrement des seuils de consommation sans danger.

Ces seuils ne doivent pas être utilisés pour savoir si l’on est ou non « malade de l’alcool », mais plutôt pour savoir si sa consommation personnelle ou celle de son entourage risque ou non d’altérer la santé.

Au-delà de ces seuils autorisés, la consommation d’alcool augmente le risque de maladies , d’accidents et de bien d’autres ennuis. La dose considérée comme inoffensive pour la santé se réduit au fil du temps.  

Ce sera 2 verres pour les deux sexes avec un maximum de 12 par semaine et une journée sur 7 sans.

 

Question 4 : Est-il utile de savoir combien de verres boit mon mari, mon fils ou ma femme pour savoir s’il est en difficulté avec l’alcool ?
Quand on demande à François combien de verres d’alcool il boit, il ne répond jamais précisément. Il dit qu’il ne sait pas bien s’il faut compter dans ses verres la bière et le vin. Il ajoute peu après qu’il ne boit jamais d’alcools forts et complète «ou alors c’est exceptionnel et seulement avec des amis, ou encore à l’apéritif ». Quand les questions se font plus insistantes, François se referme. Il ne peut pas exactement savoir ce qu’il boit. Il ne veut pas non plus se confronter à la réalité de sa consommation.
A son médecin généraliste, il dit qu’il a fait beaucoup d’efforts et qu’il boit de toute manière moins que ce qu’il a bu à une certaine époque de sa vie.
A son médecin du travail, il explique qu’il ne boit jamais quand l’alcool pourrait le mettre en danger.
A sa femme et à ses enfants, il promet de faire des efforts et jure que le mois prochain le problème sera réglé.

Question 5 : Peut-on vraiment être en difficulté avec l’alcool si on ne boit pas tous les jours ?

 Les nouveaux critères de la dépendance n’imposent pas une consommation quotidienne. Il est possible d’entretenir une relation de sujétion  vis-à-vis de l’alcool même quand on n’en consomme pas tous les jours.

 

Annabelle n’imaginerait pas être en difficulté avec l’alcool. Agée de 17 ans, Annabelle se définit avant tout comme une boute-en-train. Elle travaille bien dans sa classe de terminale.

Elle se destine à une école de commerce. Elle a, malgré tout, depuis un an, une étrange habitude. Tous les vendredis soirs et tous les samedis soirs, elle est ivre.

 

Elle se prépare à la fête en buvant chez elle quelques verres de Vodka. Ensuite, elle boit du Champagne et elle termine la soirée avec des alcools forts. Le lundi matin, elle est un peu fatiguée par les alcoolisations de la fin de semaine. Elle n’en passe pas moins toute une semaine sans boire. Elle est sûre qu’elle n’est pas dépendante parce qu’elle n’a pas besoin de boire tous les jours.
 Les résultats d’un bilan biologique qu’elle a pratiqué de manière systématique l’ont beaucoup étonnée. Elle y a vu des modifications provoquées par l’alcool. Elle s’aperçoit également qu’elle ne peut pas du tout se passer de fête ou de fin de semaine sans alcool. En en rediscutant avec l’une de ses amies, elle convient du fait suivant : elle choisit les occasions de sorties en fonction de l’alcool qu’elles lui permettent de boire.

Une nouvelle relation à l’alcool est en train d’apparaître. Celle-ci est particulièrement fréquente chez les adolescents. Elle consiste en une recherche répétée d’ivresses et plutôt en fin de semaine. Celles-ci sont de véritables shoots conduisant à une perte de contrôle, une désinhibition et des troubles du comportement.

Il existe donc chez la jeune fille une association significative entre la recherche d’ivresse en fin de semaine, le besoin d’ingérer de manière brutale de grandes quantités d’aliments et la tendance à être déprimée.

Ces résultats confirment le fait que la relation à l’alcool est déterminée tout à la fois par des facteurs biologiques comme les antécédents familiaux et le patrimoine génétique, l’environnement et les facteurs psychologiques internes comme la tristesse, la recherche de sensation et l’impulsivité.
   
     
Question 6 : Comment expliquer la perte de contrôle face à l’alcool ?  

La rechute de Bernard

 

Bernard est sevré complètement de l’alcool depuis maintenant deux ans. Il a été hospitalisé pendant quelques jours pour arrêter plus facilement l’alcool. Il a ensuite séjourné pendant trois mois dans un centre de postcure. Il a ainsi pu repérer en lui les principaux signes d’une dépendance à l’alcool et en particulier :

 

-   une tendance à boire plus que prévu,

-   une poursuite de l’alcoolisation en dépit de ses conséquences négatives,

-   un déni des conséquences de ses alcoolisations.

Les alcoologues et addictologues qui l’ont pris en charge lui ont conseillé un arrêt complet de l’alcool. Ils justifiaient ces arrêts complets par le fait que la dépendance, même après une longue période de sevrage, continue à se manifester par une tendance à la perte de contrôle. Bernard avait bien connu cette perte de contrôle quand il était en difficulté avec l’alcool. Dès qu’il commençait à boire un verre, il ne pouvait plus s’arrêter. Il était obligé de finir la bouteille ou d’aller jusqu’à l’ivresse. Il avait l’impression que toute prise d’alcool levait chez lui des barrières comportementales et lui faisait perdre sa maîtrise. Il regrettait de ne pouvoir, comme bien de ses amis, prendre un ou deux verres et s’arrêter. Depuis qu’il a terminé avec succès son sevrage, Bernard reste vigilant face à toute prise d’alcool. Il sait que la perte de contrôle est un trait de son caractère dont il ne peut facilement venir à bout. 

Eléments de réponse :

La plupart des anciens dépendants conservent une perte de contrôle qui les empêche de profiter normalement de l’alcool et d’avoir une consommation socialement intégrée. L’objectif des traitements en addictologie est l’arrêt complet de l’alcool. Il est souvent plus difficile d’essayer de réduire sa consommation que de l’interrompre complètement.

Certains travaux suggèrent que 20 % des anciens dépendants arrivent à boire modérément. Les dernières études dans le domaine, selon Marc Schuckit, sont plus pessimistes. Elles ne retrouvent que 10 % d’anciens dépendants capables de consommer d’une manière socialement intégrée.

Ceci prouve encore que les résultats de ce l'on veut démontrer. 

 Aviel Goodman, qui travaille à l’institut de psychiatrie du Minnesota, fait de la perte de contrôle l’une des caractéristiques de l’addiction. Elle ne correspond pas à un manque de volonté. Elle n’est pas un signe de « faiblesse » psychologique. Elle est la principale cause ou conséquence de l’addiction.

Cette caractéristique se retrouve chez presque toutes les personnes en difficulté avec l’alcool. Elle se retrouve aussi dans toutes les autres formes de dépendance. Les tabagiques le savent bien. Quand ils commencent à fumer, ils ne peuvent s’arrêter. On retrouve aussi une perte de contrôle chez les consommateurs de drogues illicites comme les opiacés, la cocaïne ou le cannabis. On décrit aujourd’hui des dépendances à des comportements et en particulier le  jeu pathologique qui consiste à jouer de manière répétée et excessive de l’argent. Là encore, existe une perte de contrôle, empêchant le joueur pathologique de sortir du casino avant d’avoir joué trop. L'autre caractéristique de la dépendance, avec la perte de contrôle, est la poursuite d’un comportement dangereux en dépit de ses conséquences négatives.
     
Question  7 : Comment peut-on définir le binge drinking ?  

 

 

Quelle est sa fréquence ?

 Sophie n’aime pas le vin et fuit la police

 Sophie n’aime pas ce qu’elle appelle l’alcool «classique ». Elle ne comprend pas comment on peut boire du vin à chaque repas. Elle s’est éloignée de ce modèle de consommation qu’avaient adopté ses parents. Pourtant, il lui arrive, environ une fois par mois, d’avoir envie de faire la fête. Elle boit seule ou en groupe. Elle cherche à être ivre. Elle veut oublier ce qu’elle est, ses pensées, ses angoisses. Elle avait, avant l’alcool, essayé la cocaïne. Elle trouve que l’alcool est une drogue encore plus forte et que le Gin lui procure des sensations qu’elle ne trouve pas avec les autres substances. Elle se rend bien compte qu’elle est devenue une droguée du Gin. Elle n’avait malgré tout pas envie de se faire soigner tant elle trouve agréable cette consommation.

Le binge drinking peut se définir comme le fait de boire plus de cinq verres en une occasion.

Il provoque des troubles du comportement et des troubles de la vigilance. Certains se sentent euphoriques. Ils prennent des risques, se montrent trop familiers avec les personnes qu’ils ne connaissent pas. D’autres s’endorment. Les dommages du binge drinking sont multiples. On retrouve aussi les accidents de voiture et les crises d’angoisse. Certaines personnes, sous l’effet de l’alcool, ont des relations sexuelles non protégées.

 Le binge drinking est enfin impliqué dans les grossesses non désirées de l’adolescence.

 En cas de dépression, le binge drinking n’aide pas à retrouver une bonne humeur. Il réduit l’action des traitements médicaux et peut même déclencher un passage à l’acte suicidaire.

Son attitude vis à-vis de l’alcool a changé depuis quelques jours. Elle a été arrêtée par la Police en état d’ivresse. Elle est sous le coup d’un retrait de permis. Elle doit suivre un stage organisé par la Préfecture de Police lui rappelant les dangers de l’alcool.
Question 8 : Qu’est-ce qu’un abus d’alcool ou une consommation nocive pour la santé ?  
     
L’abus d’alcool s’applique aux situations dans lesquelles une personne n’est pas dépendante, mais entretient cependant une relation à l’alcool nocive pour sa santé.

Les critères de l’abus de substance figurent dans la classification américaine du DSM. Ils sont les suivants :

  • utilisation répétée de l’alcool conduisant à l’incapacité de remplir des obligations majeures, au travail, à l’école ou à la maison (par exemple, absences répétées ou mauvaises performances au travail du fait de l’utilisation de l’alcool, absences, exclusions temporaires ou définitives, négligence des enfants ou des tâches ménagères)

  • utilisation répétée de l’alcool dans des situations où cela peut-être physiquement dangereux (par exemple conduite d’une voiture ou fonctionnement d’une machine sous l’influence de l’alcool)

  • problèmes judiciaires répétés liés à l’utilisation de l’alcool (par exemple arrestation pour comportement anormal en rapport avec la prise d’alcool)

 
  • utilisation de l’alcool malgré des problèmes relationnels ou sociaux persistants causés ou aggravés par les effets de l’alcool (dispute avec le conjoint à propos des conséquences de l’alcool, bagarres)

Le permis de conduire de Marie-Charlotte

 

Marie-Charlotte n’est pas dépendante. Elle le sait. Elle a cherché dans un livre de médecine tous les signes de la dépendance. Elle ne s’y est pas retrouvée.

Elle ne boit pas tous les jours. Elle n’est pas obsédée par l’envie de boire. Elle garde le contrôle de sa consommation.

Ses alcoolisations n’ont lieu que quelques jours par mois, quand elle est en vacances ou en RTT. Elle tient à ne jamais paraître alcoolisée dans le cabinet de conseil où elle travaille.

Marie-Christine, pourtant, ne peut plus conduire sa voiture. Elle a provoqué deux accidents graves alors qu’elle était alcoolisée. Il lui est arrivé une fois d’aller travailler sous l’emprise de l’alcool. Elle a fait l’objet d’un blâme.

Note de l'association : Le permis suspendu sera très difficile à récupérer surtout que les contrôles après l'avoir réobtenu seront très durs.

Question 9 : Qu’est-ce que le sevrage d’alcool ?      
L’accident de ski d’Anne

 

Anne est partie, comme elle en a l’habitude tous les ans, faire du ski dans les Pyrénées.
Elle est heureuse de ce moment de détente qu’elle partage avec sa famille. La fin de ses vacances a malgré tout été gâchée par un accident. Elle a été hospitalisée aux urgences.
Les chirurgiens orthopédistes qui se sont occupés d’elle ont posé le diagnostic de fracture de la malléole. Elle a été plâtrée et a passé quelques jours dans le  service d’orthopédie le plus proche de sa station. Après deux jours dans le service, Anne a eu l’impression que des serpents traversaient sa chambre. Elle voyait aussi des araignées courir sur son lit. Elle ne savait plus bien où elle était. Ses angoisses et ses visions s’aggravaient la nuit. Il a fallu quelques temps pour que les chirurgiens orthopédistes comprennent la cause de ses hallucinations. Anne buvait tous les jours de l’alcool. Elle prenait dès le matin de la bière. Elle n’a pas osé dire aux orthopédistes qu’elle consommait autant d’alcool. Elle a fait, comme cela est habituel, chez les personnes dépendantes, un sevrage « accidentel » provoqué par l’arrêt de l’alcool qu’a imposé son hospitalisation.
 

Les syndromes de sevrage apparaissent à l’arrêt d’une consommation régulière d’alcool. Les hommes et les femmes ayant une dépendance physique vis-à-vis de l’alcool sont exposés au syndrome de sevrage quand ils arrêtent de boire.

 Deux situations peuvent s’observer. Dans certains cas le sevrage est programmé. C’est le cas des dépendants qui décident d’arrêter dans un milieu médical spécialisé. Ils reçoivent des traitements qui évitent les formes les plus graves de sevrage.

Dans d’autres cas, le sevrage est accidentel quand l’alcool vient à manquer ou quand un autre motif impose une hospitalisation (Anne est hospitalisée en urgence après un accident de ski). Les signes du sevrage d’alcool sont bien décrits, là encore dans les classifications diagnostiques. 

On retrouve,

-  l’arrêt ou la réduction d’une utilisation d’alcool qui a été massive et prolongée et à l’origine d’une dépendance physique

-  au moins deux des manifestations suivantes, apparaissant de quelques heures à quelques jours plus tard :

hyperactivité neurovégétative (par exemple, transpiration, fréquence cardiaque supérieure à 100),augmentation du tremblement des mains,

insomnie,

nausées ou vomissements,

hallucinations (vision ou voix) ou illusions (impression que les objets de l’environnement sont modifiés),

agitation, anxiété et peur,

crise d’épilepsie.

Question 10 : Qu’est ce que le craving ou l’envie irrépressible d’alcool ?      

Les désirs de Marc

 

Marc est littéralement obsédé par l’alcool. Il y pense toute la journée et surtout quand il ne boit pas. Il a du mal à se concentrer sur son travail de graphiste quand il est victime de l’appel de l’alcool. Il lui arrive d’avoir ce qu’il appelle des visions de bouteilles. Il s’imagine en train de boire. Il pourrait, dans ces moments, se lever au milieu de la nuit ou quitter son travail pour aller boire. Quand il passe devant un café, il s’imagine à quel point il serait agréable de rentrer et de boire un verre. Quand il voit une publicité dans laquelle des personnes consomment de l’alcool, son envie d’alcool augmente encore. Quand il se sent angoissé, énervé, ou contrarié, il ne peut littéralement plus résister.

Il se jette sur l’alcool. Son envie d’alcool a été à l’origine de nombreuses rechutes. Marc est bien conscient de sa dépendance. Quand il en parle avec son alcoologue, il accepte le fait que l’alcool est mauvais pour sa santé et qu’il ne peut contrôler sa consommation. Cependant, les envies irrépressibles qui l’envahissent régulièrement lui apparaissent comme des appels auxquels il ne peut résister. Il commence à se connaître et il sait les moments où l’envie d’alcool sera la plus forte.

 Le craving se définit donc comme l’envie irrépressible d’alcool chez une personne qui en est dépendante. Il traduit l’existence d’un syndrome addictif. Ce craving se retrouve dans toutes les addictions. Il est présent aussi chez les tabagiques, les toxicomanes et en cas de dépendance comportementale. Il est fréquemment à l’origine de rechutes. Cette envie de boire est l’un des symptômes sur lesquels porte en priorité la psychothérapie.

L’objectif de la reconnaissance du craving dans le cadre d’un soin est multiple. La personne dépendante identifie les situations qui augmentent son craving. Il peut s’agir de circonstances extérieures (voir des amis consommer de l’alcool, être dans un endroit où on boit de l’alcool…). Il peut aussi s’agir de déterminants internes comme une apparition d’euphorie ou une tristesse.

Les bases biologiques du craving sont maintenant étudiées. Elles sont probablement en relation avec le système cérébral dit de récompense. Celui -ci est contrôlé par les récepteurs opiacés et par la dopamine.
Il est possible de mesurer le craving de manière très simple, avec une échelle visuelle analogique. On situe son envie de boire entre 0, pas envie d’alcool et 10, extrêmement envie d’alcool.

 
Il est intéressant de rapporter l’histoire d’un homme de 49 ans, ouvrier, marié, en cure alcoologique après une hospitalisation pour pancréatite.
Sa dépendance s’est développée lorsque son épouse, 12 ans plus tôt, a quitté le foyer, le laissant avec trois jeunes enfants.
L’alcool, devenu une stratégie d’affrontement de l’angoisse, l'
a désinséré socialement. Après 10 ans d’abstinence, le patient s’est senti guéri.
Il s’est autorisé au cours d’une fête à reprendre de l’alcool.
La dépendance est réapparue rapidement. Son craving est particulièrement fort lors des pots clôturant les réunions syndicales auxquelles il participe activement. Il a peu confiance en lui. M. A. craint particulièrement le repas de la réunion syndicale qui a lieu tous les ans. Il est sûr que lors de ce repas l’envie d’alcool va apparaître de manière brutale et imprévisible, comme un processus automatique, physiologique, déclenché par la seule présence de l’alcool...
Il perçoit son craving comme un automatisme d’origine physiologique dont l
a convivialité est un déterminant essentiel.

Note de l'association

C'est un phénomène bien connu.
Croire en la guérison de l'alcoolisme par un arrêt ou même par un réduction ramène à la consommation à outrance.

Ce que le corps médical n'ose pas dire est pourtant simple.

Lorsque la dépendance est acquise la guérison ne se conçoit que par un arrêt total est définitif. Apprendre à vivre sans est beaucoup plus facile que de vivre un enfer en essayant, par pure perte de temps, à essayer de limiter sa consommation.

A partir du second verre, la volonté est pour ainsi dire dissoute.

Le dépendant se reconnaitra lorsque :

Une cure n'a pas abouti. Pour s'en convaincre il essaiera deux, trois, quatre fois et ce sera toujours le retour de plus en plus destructeur.

Question 11 : Pourquoi les dépendants semblent-ils se mentir à eux-mêmes ?      

Les campagnes électorales de Victor

 

Victor n’aime pas parler d’alcool. Il se présente comme un bon vivant qui fait quelques excès mais garde toujours le contrôle de lui-même.
Il oublie les périodes de sa vie où l’alcool l’a conduit aux urgences à cause d’un accident. Il entretient un flou sur le nombre de verres qu’il boit chaque jour. Son épouse est particulièrement gênée par ses «mensonges par omission ». Il lui a fallu de longues explications pour accepter le fait que ce déni était un signe de dépendance et pas une tendance à la fuite de ses responsabilités. Elle trouve aussi que la personnalité de Victor a changé depuis qu’il boit. Il passe de moments où rien ne l’intéresse à des accès de colère sans raison. Il se montre jaloux et peu après dit à sa femme et ses enfants qu’il a envie de s’éloigner d’eux pour ne plus subir de reproches. Il recherche tous les prétextes sociaux pour continuer à boire.
Il a accepté la présidence de son club de tennis. Il espère devenir par la suite maire du village qu’il habite. D’ici là, il conduit une campagne électorale très arrosée. Il partage, le plus souvent possible dans la journée, le verre de l’amitié. Il tient l’alcool comme un composant essentiel de sa réussite en politique. Il lui faudra un peu de temps et quelques mois de sevrage pour accepter l’importance de son déni.

C'est communément appelé "Alcoolisme mondain". Ce sont les gens qui se sont mis d'avoir une vie publique bien remplie (artistes, personnages politiques, etc.)

Ce sont au niveau associatif, les cas les plus difficiles car même dans l'urgence, ils ou elles ne sont pas, d'après eux, les alcoolos qu'ils semblent mépriser et dont ils font partie.

Généralement, la société sera plus conciliante pour eux que pour le commun des mortels.

Ils choisiront des lieux de soins différents et surtout resteront, à leurs yeux anonymes.

Ce n'est pas à la Croix Bleue que nous les verront mais plutôt dans un autre groupe (non cité mais apprécié à Caen).

  Les classifications modernes de l’alcoolisme décrivent bien le déni comme un des symptômes de dépendance. Le dépendant minimise ce qu’il boit et les conséquences de ses alcoolisations.  L’alcoolodépendant éprouve sur le plan psychologique, un détachement régressif. Sa vie psychique se morcelle et se désorganise. Il n’est plus capable de choix.
 
Les fantasmes reviennent. Il s’agit de pulsions incontrôlables. Elles sont libérées par l’action de l’alcool. A l’arrêt de l’alcool, la personne dépendante dit avoir oublié les pulsions qui l’ont envahie.

L'aggravation sera notable quand la quantité d’alcool augmente.
Il
aura tendance à recourir à l’action pour éviter ou résoudre les conflits mais il sera impuissant faire face à ses émotions. 

Question 12 : Quels sont les risques médicaux d’une consommation excessive d’alcool ?      

Les régimes de Marthe

 

Marthe consulte son médecin généraliste. Perfectionniste quand il s’agit de sa santé, elle veut connaître le régime idéal. Elle souhaite garder ce qu’elle considère comme son poids idéal et se conformer aux recommandations prévenant les cancers. Elle sait qu’elle doit augmenter la quantité de fruits et de légumes qu’elle mange chaque jour. Elle sait bien qu’elle doit aussi faire de l’exercice.

 

  L'alcool augmente le risque des cancers de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’œsophage, du colon, du rectum, du sein et du foie. Le pourcentage d’augmentation du risque dépend du nombre de verres d’alcool consommé par jour. Il varie entre 9 et 168 %. L’augmentation du risque est significative dès qu’apparaît une consommation moyenne d’un verre par jour.

Comment l’alcool expose-t-il au cancer ? L’alcool produit des métabolites qui font muter les cellules. L’alcool est métabolisé en acétaldéhyde. Cette molécule modifie l’ADN. Elle induit l’activité des enzymes hépatiques. L’alcool agit aussi comme un solvant. (...)
La consommation d’alcool augmente les taux d’hormones stéroïdes circulantes. Il agit sur les récepteurs hormonaux et augmente ainsi le risque de cancer du sein. La consommation régulière et élevée d’alcool augmente aussi le risque de cancer du foie.

La consommation d’alcool est la deuxième cause évitable de mortalité par cancer après le tabac.

Ceux qui continuent à boire et ne peuvent s’interrompre multiplient donc leur risque de mortalité précoce par trois ou quatre avec des causes de mortalité variées. (maladies cardiaques, les cancers, les accidents, les suicides et la cirrhose du foie.)

 Malgré tout, 80 % des personnes en difficulté avec l’alcool ne souffrent pas de cirrhose. 

Au sujet de l’alcool, elle n’a pas les idées très claires. Elle a entendu dire que l’alcool était bon pour la santé et que le bon vin ne faisait jamais de mal. Elle pose la question à son médecin généraliste. Celui-ci lui rappelle à quel point la question de l’alcool fait l’objet de rumeurs ou de fausses informations. Les effets bénéfiques de l’alcool sont très médiatisés, les effets nocifs pour la santé le sont beaucoup moins. Le médecin généraliste de Marthe lui explique à quel point l’alcool met en danger la santé. Les boissons alcooliques sont caloriques. Elles font prendre du poids très facilement. Elles augmentent aussi le risque de maladie du foie et de cancer. En cas de grossesse, il est conseillé de ne pas boire du tout d’alcool. 
Question 13 : Peut-on mesurer sa dépendance ?  

   

Marc veut faire seul le point face à l’alcool et au tabac

 

Marc a toujours été un bon vivant. Il a travaillé comme représentant d’une marque d’apéritifs. Il avait l’habitude de repas d’affaires très arrosés. Il terminait tous ses rendez-vous professionnels par le partage d’un bon vin avec son client. Marc est aujourd’hui âgé de 68 ans. Il a pris sa retraite depuis quelques années.

Il a arrêté de travailler. Il n’a pas pu arrêter de boire. Il se dit qu’il a gardé son habitude des repas d’affaires, sauf qu’il n’y a maintenant plus d’affaires à négocier. Il supporte de moins en moins l’alcool. Il se sent fatigué après avoir bu. Son médecin traitant lui a trouvé une tension trop élevée. Il lui a aussi expliqué que sa tension augmentée était probablement due à l’alcool. Marc voudrait faire le point luimême sur sa relation à l’alcool.

  Sur les conseils de son médecin généraliste, il commence à tenir un journal de bord sur ses consommations d'alcool. Il note chaque jour ses consommations. Il remplit ensuite quelques questionnaires qui l’aident à mieux se connaître.
Question 14 : Comment les groupes agissent-ils sur la dépendance à l’alcool ?

Les groupes d’Alexandre

 

Alexandre avait toujours refusé d’aller voir un spécialiste de l’alcool. Il pensait pouvoir s’en sortir seul et réduire sa consommation de Whisky le jour où il le déciderait. Il faut dire qu’Alexandre travaille dans un milieu où beaucoup de ses collègues boivent aussi de l’alcool. Il est serveur dans un bar. Il est régulièrement confronté à des clients qui boivent et aussi aux autres serveurs. Il essaye, autant que possible, de moduler sa consommation pour ne pas connaître de difficultés au travail. Quant il sait qu’il va devoir passer sa visite de médecine du travail, il réduit aussi sa prise d’alcool pour que ses gamma GT atteignent un taux normal.

 
Sa relation à l’alcool a changé depuis que l’un de ses collègues l’a invité à participer à une réunion de groupe. Alexandre a trouvé l’atmosphère chaleureuse et a eu l’impression que l’on pouvait enfin se parler d’alcool sans se faire de reproches. Il est retourné régulièrement aux réunions de son mouvement d’entraide. Il y trouve un fort encouragement pour changer sa relation à l’alcool. Les groupes d’entraide sont particulièrement utiles. Ces groupes ont des objectifs spécifiques. Ils sont fondés sur une dynamique d’encouragement collectif. Les nouveaux arrivants s’identifient aux anciens malades guéris qui leurs apparaissent comme des modèles ou des leaders.

Le psychanalyste Michaël Balint expliquait : « la thérapie de groupe réussie rend le patient plus mature ».

 

La Croix Bleue constitue le groupe d’anciens buveurs le plus ancien et probablement le plus répandu dans le monde (1883). Son concept est de sortir de l'alcool en renouant des liens sociaux.

La participation à des réunions de groupe maintient l’abstinence. Elle encourage ceux qui commencent à se sevrer et elle évite la rechute à ceux qui trouvent dans le groupe un cocon social.

Il existe certaines étapes dans l’implication d’un ancien dépendant dans le groupe.

Le premier temps est le stress initial. Il touche le fond. Il fait ensuite son Premier Pas. Il est accueilli chaleureusement dans le groupe.

     Cette dynamique de groupe incite aussi à se raconter, à raconter sa vie, les causes de son entrée en dépendance et les conséquences de cette dépendance. C’est au terme d’un processus psychologique précis et complexe que l’ancien dépendant acquiert une nouvelle identité qui lui permet de vivre librement sans alcool
Il y a plusieurs raisons pour ne pas vouloir suivre cette thérapie. Il faut accepter sa dépendance, mettre de côté tous les apriori que l'on possède, faire la tentative et persévérer malgré la difficulté (qu'il ne faut pas nier)    
Témoignage de Gépetto : J'ai accepté de venir au groupe. Je croyais y trouver des gens détruits, frange de la société, etc.
J'y ai rencontré des gens biens et c'était moi qui finalement était différent
Je me suis excusé beaucoup plus tard, honteux d'avoir porté encore un jugement sans savoir.
Question 15 : L’alcool est-il un antidépresseur ou crée-t-il des dépressions ?

Les thérapies de Jérémie

 

Jérémie a entrepris trois psychothérapies pour traiter sa dépression. Il a successivement rencontré un psychanalyste, un psychologue comportementaliste et un psychiatre. Il a également reçu de nombreux traitements antidépresseurs. Il peut en égrainer la liste. Il connaît parfaitement les dosages de ses traitements, leurs effets et aussi leurs effets indésirables.

Il explique à tous les psychiatres et psychothérapeutes qui le reçoivent qu’il est « obligé » de continuer à boire pour traiter sa dépression. Il ne se résoudra à entreprendre un sevrage d’alcool que quand son moral sera meilleur. Objectivement, Jérémie trouve que l’alcool agit de manière positive sur son humeur. Dans les moments où il est le plus découragé et le plus morose, un verre d’alcool le rend euphorique pendant quelques instants. Quand il augmente les doses, il se sent « anesthésié » psychologiquement et il finit par s’endormir. L’alcool lui fait oublier ses soucis.   L’alcoologue que vient de rencontrer Jérémie lui a proposé d’« inverser la causalité ». Il lui a expliqué que l’alcool était, contrairement à ce qu’il pensait, la cause de sa dépression.

Certes, un verre de bière ou un verre de Cognac l’apaise pendant quelques instants, mais la consommation prolongée d’alcool est un facteur connu de dépression. Jérémie s’est retourné vers son passé. Il a fini par accepter l’idée selon laquelle l’alcool était plutôt pour lui un facteur de dépression qu’un traitement de sa dépression.

   
     
 Il a accepté le pari de son alcoologue qui consistait à lui proposer d’arrêter l’alcool pendant trois mois et de s’apercevoir des effets bénéfiques de ce sevrage sur son humeur.

Effectivement, après trois mois d’arrêt d’alcool, Jérémie a retrouvé une envie de travailler. Il a pu recommencer à se présenter dans les différents cabarets dans lesquels il n’osait plus rentrer. Jérémie en effet est artiste.

Les buveurs «sociaux » ou normaux font l’expérience d’un effet euphorisant de l’alcool. Au bout de quelques verres, ils se sentent désinhibés, ils rient facilement.

Ils racontent en fin de repas des histoires qu’ils n’auraient pas osé raconter au début. Dès que la consommation d’alcool devient régulière, l’effet sur l’humeur s’inverse. 

 

L’alcool est alors un agent dépressogène. Il crée, de manière quasi expérimentale, des dépressions graves.

 Le fait de boire de l’alcool augmente de 40 % le risque d’être déprimé.

L’alcoolisation augmente aussi les idées de suicide, les crises d’angoisse et l’insomnie. La plupart de ces symptômes psychologiques ou psychiatriques disparaissent après 2 à 4 semaines d’arrêt de l’alcool.

Quand il buvait, il était trop déprimé pour avoir le courage d’essuyer les refus des différents producteurs et propriétaires de cabarets auxquels il se présentait. Depuis quelques temps, Jérémie réduit ses traitements antidépresseurs. Il se concentre sur la principale cause de sa dépression : la consommation d’alcool.    

Les autres troubles fréquemment associés à la consommation d’alcool sont la toxicomanie, surtout chez les personnes ayant commencé à consommer de l’alcool très tôt et ayant une personnalité de type antisocial.

80 % des dépendants de l’alcool fument régulièrement. Il existe probablement des déterminants biologiques et génétiques communs à la dépendance à l’alcool et au tabac.

La plupart des personnes en difficulté avec l’alcool continuent pourtant à présenter leur consommation comme une « automédication » imposée par la dépression. Ils reculent le moment où ils vont devoir s’arrêter de boire, persuadés qu’ils ont le devoir d’abord améliorer leur humeur.  

L’expérience clinique montre exactement l’inverse. Le sevrage est le traitement le plus efficace sur la dépression chez l’alcoolique.  

Quelques difficultés avec l’alcool, malgré tout, sont provoquées par la dépression. Il s’agit plus souvent de consommation d’alcool survenant chez des femmes dans des situations de deuil, d’isolement et de repli. Les différentes conférences de consensus dans le domaine incitent à ne pas donner d’antidépresseurs aux personnes qui s’alcoolisent et à commencer par un traitement de la dépendance à l’alcool.

         
         
Question 16 : Quelles sont les causes biologiques de l’addiction à l’alcool ?      

Marie veut savoir si son fils est à risque d’alcoolisme

 

Marie s’inquiète beaucoup du comportement de son fils Kevin. Il rentre de plus en plus tard et, bien qu’il soit mineur, ne tient pas compte des mises en garde de sa mère. Il est régulièrement exclu de son collège pour des troubles du comportement. Il peut s’endormir en classe. Il peut aussi lui arriver de s’absenter du collège sans raison. Depuis peu, Marie s’est aperçue que son fils consommait de l’alcool. Elle a pu lui en parler. Elle en a aussi parlé à son médecin généraliste.

Kevin a intégré et appliqué les conseils de modération de son médecin et de sa mère. Celle-ci reste inquiète. Elle retourne consulter son médecin traitant pour savoir si son fils est ou non à risque de dépendance. Le médecin de Marie recherche les antécédents familiaux d’alcoolisme. Il lui demande si dans les ascendants, c’est-à-dire chez ses parents ou les parents de son mari, existent des cas d’addiction ou de dépression. Il lui explique que l’un des déterminants de l’addiction est effectivement la présence d’antécédents familiaux. Une personne dépendante sur trois a au moins un parent alcoolique.  

Il est évident que la première des causes d'alcoolisme profond est le contexte de l'éducation.

Habitudes de consommations dans la famille.

Jeune désœuvré n'ayant pas de vie de famille et fréquentant d'autres adolescents comme lui. L'alcoolisation devient courante.

Ce déterminisme n’est jamais une fatalité précise le médecin généraliste. C’est un risque qui peut toujours être contrôlé par une influence favorable de l’environnement, c’est à dire des conseils éducatifs adaptés et une vigilance des parents.

         

On a longtemps recherché une personnalité préalcoolique qui exposerait à l’addiction. Le seul trait de personnalité retrouvé de manière régulière chez les personnes en difficulté avec l’alcool est l’impulsivité et la recherche de sensations.

 Dans d’autres cas, les difficultés avec l’alcool sont provoquées par une tendance à la dépression, l’angoisse ou les difficultés en société, appelée phobie sociale.

Les trois principaux déterminants du risque de difficulté avec l’alcool sont : les antécédents familiaux, la tendance à bien résister à l’alcool, la recherche de sensations ou l’impulsivité.

 

Les risques de dépendance à l’alcool est expliqué par une association de gènes environnementaux. (La disponibilité de l’alcool, l’attitude face à l’alcool, l’exemple de l’entourage, le niveau de stress, l’encadrement légal et réglementaire.)

Les gènes contrôlent tout d’abord la tolérance à l’alcool. Les personnes qui ont, génétiquement, une incapacité à métaboliser l’alcool  sont moins souvent en difficulté avec cette substance.

 

D’autres gènes conditionnent l’impulsivité, la désinhibition et la recherche de sensations. Un niveau élevé de tous ces facteurs de personnalité augmente là encore le risque d’alcool.

Un autre déterminant du risque d’alcoolisme contrôlé par les gènes est la résistance aux effets de l’alcool.

 Les personnes qui sont des bons vivants, c’est à dire qui supportent bien l’alcool, ont un risque augmenté de difficulté avec l’alcool. De nombreux gènes sont impliqués dans ce déterminisme.
   

La consommation d’alcool dépend aussi de la biologie cérébrale. L’alcool exerce ses effets de détente par une stimulation du gaba. Il en résulte une relaxation musculaire et une somnolence. L’alcool augmente l’activité des neurones à la dopamine.

       
Question 17 : Comment agissent les traitements en alcoologie ?      

Hubert et le sevrage.

 

Hubert a fini par se laisser convaincre. Il se rendait bien compte que finalement il buvait trop. Il s’est demandé auprès de quel soignant il devait faire une démarche pour régler son problème face à l’alcool. Il s’est tout d’abord renseigné auprès de son médecin généraliste. Celui-ci lui a expliqué qu’il était disposé à l’accompagner dans son sevrage.

Il pouvait aussi engager un sevrage auprès d’un spécialiste addictologue.

Hubert a voulu savoir combien de temps il allait arrêter de travailler et au bout de combien de temps il pourrait reprendre son emploi de chauffeur routier. Il tenait surtout à ne pas être hospitalisé. Hubert voulait que ses soins se réalisent uniquement en consultation. Le médecin généraliste qu’a rencontré Hubert lui a dit qu’il était parfaitement d’accord avec cette proposition. Habituellement, les sevrages se font d’abord en consultation. L’hospitalisation est réservée au cas où plusieurs consultations ont échoué ou aux situations d’urgence médicale ou sociale. Le médecin généraliste de Hubert a d’abord passé du temps à lui expliquer sa maladie.

 Il a réalisé une information. Il l’a ensuite accompagné vers un changement et a mis en place un suivi à long terme. Les aides proposées à Hubert étaient multiples : une psychothérapie, un soutien social, une surveillance médicale. Les médicaments ont également aidé Hubert à rester abstinent vis-à-vis de l’alcool. En France, deux médicaments sont proposés pour l’aide au maintien de l’abstinence. Son médecin généraliste lui en a décrit les effets. Grâce à toutes ces techniques de soins, Hubert est maintenant abstinent vis-à-vis de l’alcool. Il a amélioré la qualité de sa vie. 

L’évolution des difficultés avec l’alcool est souvent épisodique. Les dépendants peuvent arrêter après une crise, rester sobres quelques mois et recommencer à boire. Ils peuvent même, pour un temps, réussir à adopter un comportement d’alcoolisation contrôlée.

En l’absence de traitement, 20 à 30 % des dépendants parviennent à interrompre l’alcool seuls. Les motifs d’interruption sont multiples. Certains arrêtent de boire parce que leur santé se détériore. D’autres changent de comportement quand ils changent de vie.

Les motifs de sevrage spontané peuvent être un nouveau compagnon, un nouveau mari, le fait de devenir père ou mère, un nouveau travail.

Les différents temps du traitement sont :

- l’identification d’une difficulté

- la prise en charge à long terme.

Dans la plupart des cas, l’objectif est l’arrêt complet de l’alcool.

Chez les personnes consommant trop d’alcool sans en être dépendants (par exemple plus de 3 verres et demi par jour) une information peut inciter à réduire cette consommation.  L’information peut être délivrée par tous les soignants. Elle motive celui qui est en difficulté avec l’alcool à changer de comportement. Elle expose les risques sans culpabiliser. Elle encourage au changement. Elle propose des conseils et une série de solutions. Les bons thérapeutes font preuve d’empathie. Ils soutiennent ceux qu’ils rencontrent et les aident à prendre leurs responsabilités.

         
         

Les psychothérapies agissent sur les croyances concernant l’alcool et sur le comportement. La personne en difficulté avec l’alcool apprend de nouveaux comportements pour maintenir l’abstinence et éviter les rechutes. Les réunions de groupes facilitent ce changement de croyances et de comportements. Elles incitent celui qui est en difficulté à partager son expérience avec d’autres. Il identifie les situations l’exposant à un risque de rechute. Il apprend à les éviter et à rester sobre.

Le suivi à long terme permet d’éviter les rechutes. Il aide à rester motivé. Il encourage le changement d’attitude. Dans les  formes les plus graves de dépendance, l’hospitalisation permet une intervention intense sur la motivation.

         
Les traitements les plus intensifs (consultations rapprochées, hospitalisation, intégration de plusieurs techniques) sont les plus efficaces. Les patients ayant un problème d’alcool moins sévère bénéficient plus de ces traitements. 
Le fait d’avoir une mémoire conservée, une bonne confiance en soi et peu d’anxiété ou de dépression améliore aussi le pronostic.
  En dépit d’une perception négative de ces traitements, il apparaît que la plupart des patients sont améliorés par une prise en charge. 50 à 60 % des hommes et des femmes traités réussissent à s’arrêter ou se sentent significativement améliorés dans leur fonctionnement un an après traitement. Cette amélioration initiale prédit la poursuite de l’amélioration à trois et cinq ans.

C'est pourquoi il ne faut pas aller trop vite et être patient. Une pause de la consommation de quelques mois ne résoudra rien du tout.

Les traitements médicamenteux de l’appétence pour l’alcool.

Trois molécules disposent d’une autorisation de mise sur le marché dans cette indication. Elles aident à résister à l’envie de boire et augmentent la durée du sevrage. 

Cela permet d’améliorer le suivi à long terme et de favoriser le blocage des états d’excitation ou de perte de contrôle induits par la consommation d’alcool.

Une autre molécule est également employée. Il s’agit d’un traitement aversif provoquant un effet antabuse.

Note de l'association : rester longtemps avec ces traitements médicamenteux n'est pas la solution idéale. D'une dépendance, on passera à deux. le seul but vers lequel on devrait tous se diriger est l'abstinence acceptée et pérenne. Supprimer psychologiquement le besoin de consommer est celle qui assure la réussite.

Nous avons aussi observé que plus le patient reste dans les centres de soins et moins ils retrouvent une liberté salvatrice.

   

 

A MEDITER : CELA N'ARRIVE PAS QU'AUX AUTRES ....