LE TRAITEMENT

Le test des quatre semaines : Ce test aide à évaluer la consommation d'alcool du patient et sa préparation au changement. Il permet aussi de déterminer si les symptômes de la dépression sont liés à l'alcool ou s'ils sont idiopathiques. (symptôme ou maladie présentant une origine inconnue et n'ayant  aucune explication visible ou avérée.)  
Faire comprendre les symptômes de sa dépression sont préoccupants et  que l'alcool a une incidence négative sur la dépression. Conseillez de s'abstenir de consommer de l'alcool pendant quatre semaines à titre de première mesure pour constater l'atténuation de ses symptômes dépressifs. La réponse sera simple et la façon dont les symptômes de dépression du patient répondent aux quatre semaines d'abstinence indiquera s'il existe un lien entre la consommation d'alcool de la personne et sa dépression.
         

Il y a trois façons pour le patient de répondre à la requête d'essayer de s'abstenir d'alcool durant quatre semaines :

       

1. Le patient refuse de s'abstenir d'alcool

Cette réponse indique que le patient présente un trouble de l'usage de l'alcool.

Que faire en pareil cas :

Etre patient et à l'affût des occasions d'amener le patient à réfléchir à l'incidence négative de la consommation d'alcool sur la dépression.
Envisager de réaliser un examen plus poussé de la consommation d'alcool avec l'aide d'un professionnel qui lui soumettra des examens physiques plus complets et des examens médicaux supplémentaires.
         
2. Le patient a accepté de ne pas consommer d'alcool pendant quatre semaines, mais il revient pour dire qu'il n'a pas réussi.

Cela indique aussi que le patient aura besoin d'aide pour changer ses habitudes de consommation d'alcool. Le problème est ardu et il y a sans aucun doute d'autres facteurs extérieurs en cause.

Que faire en pareil cas :

Dans la mesure du possible, se faire aider d'un CSAPA.

Persuader que la participation assidue au groupe de parole Croix Bleue peut être d'un secours important.

Un rendez vous médical mensuel est un minimum pour un suivi des progrès relatifs à la consommation d'alcool, aux symptômes de dépression et aux capacités fonctionnelles.

L'aide médicamenteuse est ici évidente. Ce seront les produits qui permettront de  diminuer le désir de boire : naltrexone, acamprosate, par exemple.

Le suivi psychologique (CSAPA) se doit d'être renforcé.

       
3. Le patient s'est abstenu de consommer de l'alcool pendant un minimum de quatre semaines.

Ceci peut avoir trois issues possibles :

A/ Les symptômes de la dépression ont complètement disparu. Cela indique que la dépression était probablement induite par l'alcool. Il s'agit maintenant de prendre des mesures pour éviter que le patient ne rechute dans l'alcool. La participation à un groupe d'entraide – Croix Bleue Normandie Caen, par exemple se doit d'être maintenu. B/ Il n'y a eu qu'une atténuation insuffisante des symptômes. La persistance de symptômes marqués indique très probablement la présence de troubles concomitants (dépression et trouble de l'usage de l'alcool). En pareil cas, il faudra être patient et continuer le traitement en y ajoutant une prévention de la rechute dans l'alcool. Ce sera long, difficile mais réalisable. La reprise d'une consommation alcoolique aura des effets dévastateurs. C/ Il n'y a eu aucune atténuation des symptômes de la dépression ou du fonctionnement quotidien, ou bien l'amélioration obtenue a été minime. Ceci indique que la dépression clinique est d'origine idiopathique. Le recours à des spécialistes est indispensable.
     
Si la personne suit un groupe de parole comme le nôtre, il faudra beaucoup de patience et attendre un début de volonté de cesser la consommation. Nous avons connu des périodes de 5 ans avant une réaction. La chance est venue du non-départ de ces personnes. Ce fait est sans doute venu avec la création de liens sociaux dans le groupe. Il y a eu aussi le désir de sortir de la précarité et une certaine envie de reprendre un travail.
 Ce qui est sûr :

Quand il y a dépression, l'élimination de l'alcool permet de meilleurs résultats thérapeutiques.

Les antidépresseurs peuvent être efficaces pour les symptômes de dépression chez les personnes présentant des troubles de l'usage de l'alcool, mais la réponse au traitement sera sans doute plus lente et moins bonne.

Il faut éviter l'usage des benzodiazépines aux patients qui font une consommation régulière d'alcool.

L'alcool peut provoquer des symptômes de dépression clinique ou exacerber ces symptômes, s'ils sont déjà présents.

La consommation d'alcool étant très répandue dans l'ensemble de la population, elle l'est donc aussi chez les patients souffrant de dépression clinique.

Il y a eu aussi le désir de sortir de la précarité et une certaine envie de reprendre un travail.
         

Stratégies pour la prise en charge des troubles de l'usage de l'alcool graves

Il ne suffit pas de dire "arrêtez".

Il faut faire appel à des stratégies de motivation. Echanger, écouter, et surtout parler du positif lié à l'abstinence. Faire le point est important et permet de mesurer le pour et le contre.

Inciter à prendre des rendez-vous réguliers, surtout pour le suivi de sa consommation d'alcool.
Essayer d'entamer un dialogue sur ses habitudes de consommation, sans essayer de lui faire la leçon. Un élément à ne pas oublier :  Il faut parfois des mois, voire des années avant qu'une personne ne soit prête à changer d'habitudes.

Les stratégies de prise en charge des patients aux prises avec une alcoolodépendance varient selon qu'ils sont disposés ou non à s'arrêter de boire.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les patients qui ont un grave problème d'alcoolisme sont davantage enclins à envisager un changement que ceux dont le problème est plus bénin. Cependant, en raison de la gravité de leur addiction, le changement est plus difficile pour ces patients (Bertholet, 2009).

Lorsqu'un patient n'est pas prêt à s'arrêter de boire

Donner des conseils précis et dénués de jugement sur la façon de s'arrêter et surtout faire miroiter ce qu'est la vie sans alcool avec tous ses bénéfices.
LA PRISE DE DECISION        
         
Lorsque la personne est prête à s'arrêter de boire ou à entreprendre une démarche , ne tardons pas, demain il (ou elle) aura sûrement changé d'avis (cas très très fréquents). Trois points importants sont à appliquer. 1- Il faut le persuader de venir et demeurer dans le groupe associatif.    

2- Une prise en charge médicale est obligatoire.    
3- Proposer si besoin une prise en charge du sevrage alcoolique en établissement ou en ambulatoire dans un CSAPA.    
     

SURVEILLANCE PARTICULIERE

Surveiller les marqueurs biologiques pour tout signe d'amélioration ou de rechute. Les signes extérieurs d'amélioration se voient tout de suite (2 semaines) Orientation du patient vers les ressources communautaires appropriées si besoin (psychologue, psychiatre, etc.). Attention, ce choix est primordial. Nous avons rencontré des docteurs qui, en consultant la personne, allaient dans une thérapie à la finalité opposée. D'où la nécessité du travail en équipe.    
         
Prise de décision : le pour et le contre – exemple
  Avantages   Inconvénients
Arrêter de boire Économie d'argent
Meilleur rendement au travail.
Reprise progressive d'une meilleure vie sociale (paiements des dettes, liens, retrouver un travail...
Éloignement de certains amis habituels (surtout compagnons de boisson).
Difficultés à changer son mode de vie.
           
Ne pas arrêter de boire La boisson aide à soulager le stress (soi-disant).
Oubli plus rapide (mais accumulation des ennuis = politique dite de l'autruche)
Frustration de la conjointe/du conjoint/ de l'entourage.
Isolement de plus en plus important.
Pertes de plus en plus significatives.
Ennuis de santé surtout neurologiques.