DICTIONNAIRE POUR COMPRENDRE CERTAINS MOTS SOUVENT PRONONCES EN ALCOOLOGIE

Les mots que nous employons, généralement empruntés au langage commun, peuvent être porteurs de jugement à l’égard de celui qui souffre ou être la preuve de nos ignorances.

Le médecin n’échappe pas à ce langage commun. Parallèlement, il connaît et utilise un langage parfois incompréhensible par son interlocuteur.

Dans sa relation avec le patient, le médecin est confronté à l’utilisation de ces deux langages, contraint sans cesse de «traduire » le langage commun en langage d’expert et inversement.

Soyons donc prudents, tant dans le champ alcoologique le langage commun peut envahir notre discours, et le langage « d’expert» bloquer la communication.

Nous avons voulu traduire en langage courant certains termes afin que tout à chacun s'y retrouve un peu mieux. Il est aussi évident qu'il faut minimiser les propos émanant des forums, réseaux sociaux et autres, qui ne reflètent en rien la vérité. L'alcoolique est généralement isolé et le chat est sans doute le dernier de ses soucis.

 
       

Abstinence

Non consommation volontaire ou imposée d’alcool.

La grande difficulté est d'avoir acquis une abstinence acceptée et heureuse.

Abus

Mot à éviter car signifie excès par rapport à des normes. Lesquelles ?

Nul ne sait quand la consommation devient problématique. Plus de 3 verres par jour continuellement pose des problèmes mais parfois un seul est la limite. Tout le monde est différent et se comparer à l'autre n'est encore qu'une source d'alibis foireux.

Accompagnement

Pour un consommateur, élaboration d’un programme thérapeutique pour un changement.

Il se fait avec deux partenaires indispensables : spécialiste et association.

Accoutumance

Synonyme de dépendance. Obligation de consommer afin d'éviter certains troubles.

 

Addiction

Anglicisme de dépendance. Il recouvre les toxicomanies centrant non seulement sur le produit mais sur l’usage qui en est fait.

 

Alcoolémie

Taux d’alcool dans le sang. Elle s'exprime en gramme/litre de sang. Taux maximal légal : 0.5g/l

 

Alcoolique

Terme dur, péjoratif et même le nom « malade alcoolique » est un terme dégradant. On constate malheureusement qu'avouer son problème est moins bien toléré que de s'alcooliser. On voit aussi le terme "alcoolique mondain" fort bien accepté.

Définition de FOUQUET : « est alcoolique celui qui a perdu la liberté de s’abstenir de boissons alcoolisées ». 

Alcoolisation

Consommation d’alcool par un individu ou une collectivité sans indication sur la quantité ou la manière de boire. A ne pas confondre avec alcoolisme.

L'alcoolisation est bien vue pas l'alcoolique. Où se trouve la frontière ?

Alcoolisme

Terme imprécis, recouvrant des notions très diverses d’alcoolisation, d’alcoolo-dépendance et de conduite.

 

Ne pas ne pas confondre alcoolisation et alcoolisme. Ainsi, par exemple : « lutte contre l’alcoolisme au volant » ; tous les alcoolisés au volant ne sont pas des alcooliques et il n’y a donc pas que des alcooliques conduisant sous l’emprise de l’alcool.

Alcoolodépendance

Obligation à prendre de l’alcool car sa suppression entraîne des troubles physiques et/ou psychiques (syndrome de manque).

 

Alcoologie

Une définition parmi bien d’autres: « élucidation des rapports entre l’homme et l’alcool»

Concept très vaste mais ayant très très peu de solutions viables.

Alcoolopathie

Etat pathologique lié à la consommation d’alcool.

 

Assuétude

Synonyme de dépendance.

 

Aveu

Ce mot serait à éviter car il sous-entendrait la faute ou le péché. Cependant, c'est la première étape indispensable. Reconnaitre son problème est déjà une sortie du déni.

 

Buveur

De quoi ? Comment ? Buveur d’eau! Buveur excessif ! Y préférer le terme de consommateur en y ajoutant si besoin un qualificatif.

C'est tourner en rond. Des buveurs d'alcool, il y en a beaucoup. Des gens hors du déni, très peu.

CALCUL DE L’ALCOOLEMIE

Le calcul doit se faire simplement. Pourquoi se compliquer ?

Un verre, c'est 0.2g/litre de sang.

5 verres correspondent à 1 gramme.(un peu plus pour la femme). Ceci pour des consommations au café.

A la maison : c'est souvent doublé ou triplé. Devant une bouteille, compte-t-on le nombre d'ailleurs ?

Ceci ne peut être qu'une approximation.
Ne cherchons pas des alibis. Celui qui boit largement sa bouteille de rosé en mangeant, n'est pas considéré comme un alcoolique et pourtant, il est largement au dessus du gramme en sortant de table (et en prenant peut être le volant).

CDT (TRANSFERRINE DEFICIENTE EN CO CARBOXYLASE)

Le taux de CDT n’est pas influencé par d’autres pathologies  ni par la prise de médicaments (d’où sa spécificité).

Ce taux ne s’avèrera positif que si l’alcoolisation date de plus de 15 jours avec une consommation de 50 à 80 g d’alcool par jour.

Ce nouveau marqueur est une aide précieuse pour le dépistage et le suivi de l’alcoolisme.

Après 3 semaines d’arrêt d’imprégnation éthylique, ce dosage est normalisé.

Il permet de dépister les rechutes lorsque le patient n’en souffle mot.

Rappelons que des alcooliques peuvent avoir un taux de gamma GT normal. Le dosage de la CDT contourne cet inconvénient.

Par contre, des sujets qui ne boivent pas peuvent avoir des gamma GT élevés. Le dosage de la CDT est alors normal.

Le dosage de la CDT est un dosage radio-enzymatique.

On considère comme normale une dose de CDT inférieure à 60 mg/litre.

Un sujet qui ne boit pas à un taux inférieur à 60.

Jusqu’à présent, le taux des GAMMA GT et le V.G.M. (volume globulaire moyen des globules rouges), permettaient d’avoir une idée de l’alcoolisation chronique d’un patient.

Cependant, la spécificité de ces deux marqueurs est assez faible car modifiée dans de nombreuses autres pathologies n‘impliquant pas l’alcoolisme.

 

Chez un sujet qui boit, le pourcentage de CDT augmente très rapidement dès que la consommation alcoolique est supérieure à une dose de 50 à 80 g d’alcool par jour pendant au moins 8 jours (une bouteille de vin à 10°).

La spécificité de ce dosage est de 97% et sa sensibilité évaluée à 82%.

La demi-vie de la CDT est de 17 jours environ, ce qui en fait un index intéressant dans les cas d’alcoolisme intermittent.

 

Conduite ou comportement alcoolique

Modification du fonctionnement d’un individu par ses relations avec l’alcool.

 

Cure

Moyen thérapeutique nécessaire lorsque les soins ambulatoires n'ont pas fonctionné ou lorsque les conditions ne permettent pas une thérapie ambulatoire(domicile). Attention ! Ce n’est qu’une étape dans le projet thérapeutique et non la solution miracle.

Ce n'est que le début et toute la thérapie est à suivre.

Dépendance

Voir alcoolodépendance.

 

GAMMA GT

« γGT», «Gamma GT», « Gamma-Glutamyl-Transpeptidase».

Bien connu du public, notamment chez les malades alcooliques qui parlent de leurs « gamma », ce dosage enzymatique est devenu assez souvent l’objet d’un «jeu » (le chat et la souris) entre le malade et le médecin.

Enzyme membranaire du foie, du rein et du pancréas, il s’agit d’un marqueur non spécifique de l’alcoolisation chronique. Normales : 0 à 25 ui/litre chez la femme, 0 à 35 ui/litre chez l’homme.

Intérêt du dosage des Gamma GT :
le suivi de sa variation permet de diagnostiquer l'évolution de la consommation. Des dosages, répétés et espacés dans le temps, sont donc nécessaires, un dosage unique est source d’erreur, voire inutile.

Guérison ou stabilisation

Deux termes qui entraînent toujours des dissensions... mais qu’importe, à chacun sa définition.

Etre guéri ne veut pas dire pouvoir reprendre mais c'est de vivre pleinement sans avoir recours à l'alcool et sans ressentir de gène.

IVRESSE

« Etat d’une personne ivre», c’est-à-dire dont le cerveau est troublé par l’action du vin, de quelque boisson alcoolisée ou l’absorption de drogues.

 

L’ivresse «banale» liée à la quantité d’alcool ingérée, à l’alcoolémie, comportant 3 stades successifs :

-1 période d’excitation: excitation, euphorie, désinhibition avec parfois passage à l’acte (vol, agressions sexuelles).

-2 période d’incoordination: état démentiel de courte durée, incohérence comportementale, désorientation, confusion mentale, relâchement des sphincters, les « trous noirs ».

-3 coma pouvant aboutir à la mort pour des alcoolémies dépassant 5 grammes/litres et pouvant aller jusqu’à 8 voire 9 grammes/litre.

Les ivresses pathologiques ou compliquées

- convulsives rappelant la crise comitiale (épilepsie),

- excito-motrices, sorte de manie furieuse brutale,

- hallucinatoires, auditives, sensorielles,

- délirantes

: mégalo-maniaques ou auto-accusatrices, délire de jalousie.

Toutes ces ivresses sont liées autant à la quantité et la qualité de la boisson alcoolisée ingérée qu’à l’existence d’une perturbation antérieure de la personnalité ou d’une atteinte cérébrale organique ou post-traumatique.

 

« Malades alcooliques »

Ensemble des personnes posant aux médecins (ou à leur entourage) des problèmes en rapport avec leur consommation d’alcool

 

Prise en charge

 Accompagnement, programme ou projet thérapeutique.

 

Rechute

Reprise d’une consommation d’alcool par un malade alcoolique sevré. La RE-ALCOOLISATION peut survenir des années après le sevrage initial.

 

Risque

En rapport avec les facteurs favorisants socioculturels, à prendre en considération avec la vulnérabilité individuelle, physique et/ou psychique.

 

Tolérance

Nécessité d’augmenter les doses d’alcool pour obtenir les mêmes effets.

Cette augmentation aura à un moment une importance beaucoup plus notable sans que l'on sache vraiment le pourquoi de cette élévation.

V G M
volume globulaire moyen

Il s'agit de la valeur permettant de mesurer le volume moyen des globules rouges dans un prélèvement sanguin. Il doit généralement avoir une valeur inférieure à 96. Au dessus, en alcoologie, on peut considérer que la consommation d'alcool perdure (préfecture). La vie du globule étant d'environ 5 mois, on voit bien que la baisse du VGM sera effective qu'au bout de plusieurs semaines. Le VGM est modifié par l'alcool et certains traitements anti dépresseurs
     

Vulnérabilité

Sensibilité individuelle aux effets de l’alcool. A prendre en considération avec le risque.

Tout dépendant est vulnérable. Il est indéniable que seule l'abstinence totale restera l'unique solution.