LA CROIX BLEUE  CAEN

Si l'on parlait d'arrêt...

I    
LA GRANDE QUESTION : Peut-on forcer quelqu'un à arrêter l'alcool ?
Première remarque :
Il est très courant d'entendre des soignants dire : "C'est le choix de la personne et il faut suivre ce choix".

Entre laisser la personne libre de choisir et susciter un arrêt, il y a des kilomètres.

Lorsque la personne est fortement alcoolisée, son choix sera vite fait surtout si on lui a mis dans la tête la possibilité de la modération.

Combien restent dans la galère en ayant cru à cette possibilité ? 

Si l'on suit les études faites, laisser totalement le choix à la personne dépendante et consommatrice serait une erreur d'appréciation. prendre cette position est beaucoup plus confortable pour le soignant car cela lui donne "l'excuse"  pour ne pas s'occuper des cas très difficiles.

D'après les études faites, l’addiction peut se définir, en grande partie, comme une pathologie du choix, et le sujet addicte comme un sujet aux capacités de prise de décision biaisées. (Baler & Volkow)

Prenons un exemple : Réponse de l'association :
Je viens par désespoir chercher une solution à mon problème.
Ma mère est alcoolique depuis certainement 1 ou 2 ans, et sa consommation d'alcool est de plus en plus importante. Elle est tombée dans les escaliers de la maison 3 fois, pendant ses alcoolisations, avec des côtes cassées et de multiples bleus et bosses.
Elle conduit souvent sous l'emprise d'alcool. J'ai dû plusieurs fois redresser le volant pour corriger sa conduite.
Il y a plusieurs mois, elle est allée en cure de soins en ambulatoire. Elle passait la journée au CSAPA et revenait le soir à la maison, mais je n'ai noté aucune amélioration.

Il y a bientôt 2 mois, avec mon beau père, nous avons forcé ma mère à aller à l'hôpital car elle était vraiment dans un état déplorable. Là-bas, on lui a dit qu'elle allait droit à la cirrhose. Elle est sortie au bout d'un semaine.
Suite à cela, elle a tenu 1 mois et demi jusqu'à mon départ en vacances.
Sans surveillance, elle a repris sa consommation excessive. Rien n'a fonctionné, même le fait de lui enlever son chéquier et sa carte bancaire. Elle trouve toujours le moyen de se procurer de l'alcool.

Le fait de forcer sera peut être un élément déclencheur.

Si cela ne donne rien, il y aura lieu de faire intervenir des alcoologues efficaces.
La cure et la postcure seront peut être efficaces mais pour cela, il faudrait qu'elle soit actrice de ces soins.

Le suivi associatif sera obligatoire à nos yeux mais rester au stade des soins médicaux ne fera pas avancer vers une solution pérenne.

Dans un cas observé, on a constaté une présence trop importante de la famille proche. Ceci a amené une situation conflictuelle qui a terminé en hôpital psychiatrique.

La personne a "tenu" et accumulé les tensions nerveuses (surveillance étroite, contrôles fréquents comme souffler dans un ballon, etc.)

NOUS RAPPELONS QUE LA FAMILLE PROCHE EST LA PLUS MAL PLACEE POUR REGLER LE PROBLEME DE LA CONSOMMATION EXCESSIVE.

L'entourage d'un alcoolique est souvent plein de bonne volonté, mais aussi mal informé. Il lui arrive de commettre des erreurs qui peuvent contribuer au maintien de la maladie. Il est fortement conseillé, à l'entourage qui veut aider, de venir participer quelquefois au groupe de parole.
En vérité, il n'y a pas de fausses manières de faire, chacun ayant sa personnalité, chacun étant unique. Regardons ce qui est à faire ou à ne pas faire.

A FAIRE

A NE PAS FAIRE

  • Accompagnez le dans ses démarches sans se placer en position de juge et laissez lui la décision finale après avoir échangé.
  • Allez avec lui (elle) dans le groupe de parole. Associativement, on considère que cela apporte 50% de réussite. De plus, vous en apprendrez beaucoup plus.
  • Chercher à contrôler sa consommation lorsqu'il continue à consommer devant vous. Cela ne l'empêchera pas de boire, mais évitera peut être de le (la) voir consommer en cachette.
  • Accepter ses mensonges en espérant éviter un conflit. Faites-lui comprendre calmement que vous n'êtes pas dupe.
  • Croire à ses promesses. Il voudrait, mais est incapable de les tenir. Dites-lui que pour vous convaincre, il faut des actes, non des paroles.
  • Préférez le dialogue au conflit. Lorsque la communication est rompue, cela deviendra difficile de la renouer. Plus on attend et plus la situation deviendra compliquée.
  • Accordez lui une certaine confiance. Cela le confortera dans sa démarche.
  • Ne pas boire devant lui (elle).
  • Lui faire des reproches constamment. L'alcoolique est un malade. Il ne viendrait à personne l'idée de reprocher à quelqu'un de souffrir du diabète ou du cancer.
  • Argumenter quand il a bu. Il ne se trouve pas dans son état normal et risque de devenir agressif.
  • Lui dire "Si tu m'aimais tu arrêterais de boire". Son problème n'a rien à voir avec l'amour qu'il vous porte.
  • Résoudre ses problèmes à sa place. Aussi longtemps que c'est le cas et qu'il se sent protégé, l'alcoolique ne songe pas à se soigner.
  • Se sacrifier pour l'autre. Vous avez le droit de ne pas tout accepter, de poser des limites, de penser à votre propre bien-être.
  • Laisser exploser votre colère. Si vous vous montrez hostile à son égard, vous ne pouvez plus l'aider. Se sentant rejeté, il boira de plus belle.
  • Lui donner des conseils. L'alcoolique est un être dépendant qui se croit indépendant. Il ne supporte pas plus les conseils que les critiques.

     
Au niveau associatif, il y a des obligations.

 Il est facile d'aider quand tout va bien mais cela se corse lorsque tout va mal et que l'on constate son incompétence. 

ce n'est pas parce que l'on a bu et arrêté que l'on est compétent pour aider.   La formation des accompagnants doit être assurée et il ne faut pas compter sur le vécu pour croire en la compétence de l'acteur.
       
Nous avons connu un cas qui s'est mal terminé. L'homme avait pris la responsabilité d'un groupe (Présidence). De ce fait, il avait placé la formation au second plan (le Président sait). Sa moitié, sans doute par osmose, se croyait formée et intervenait dans les suivis. Cela a amené des situations compliquées (choix des soins, rechutes, etc.). Il faut donc dissocier gestion administrative et suivis.
   

 

A MEDITER : CELA N'ARRIVE PAS QU'AUX AUTRES ....