UNE HISTOIRE LONGUE ET TRES ANCIENNE
LA CONSOMMATION EXCESSIVE DE L'ALCOOL

  Partie intégrante de notre culture, de notre patrimoine et de nos traditions, la consommation d'alcool accompagne tous les événements festifs de la vie familiale et sociale. Pourtant, elle affecte la santé d'au moins cinq millions de personnes en France, parmi lesquelles deux millions sont dépendantes. Pour mieux comprendre ce paradoxe, il faut replacer l'alcool dans l’Histoire.
 
       
Histoire de l’alcool
Les consommations d’alcool remontent à l’Antiquité. Rituelles, sacrées, conviviales ou festives.
 
 
L’alcool sacré

La découverte de l’alcool date probablement du néolithique, lors de la sédentarisation de l’homme, au hasard d’une fermentation naturelle de produits alimentaires. La littérature a toujours rapporté la présence de l’alcool dans la vie sociale des hommes. C’est en l’an 4 000 avant Jésus-Christ que l’on retrouve les premières références à un produit alcoolique : la bière en Mésopotamie.  Dans l’Antiquité, des écrits racontent le culte de Dionysos en Grèce, et de Bacchus à Rome.

Le nouveau Testament apporte une nouvelle image du vin. Entre le premier miracle de Jésus-Christ aux noces de Cana transformant l'eau en vin et son dernier repas où le vin devient le sang du Christ, la religion chrétienne permet le passage du vin païen au vin chrétien.
     
L'expansion de l'empire romain et la propagation de la chrétienté étendront le culte de la vigne. C’est au Moyen Âge que les Croisés provenant de la Terre Sainte ramènent l'alambic. Ainsi, des boissons plus fortes (distillées) font leur apparition sur le marché ainsi que les premières grandes réglementations de la consommation et du négoce du vin. L’ivresse devient un péché. Le marché du vin s'accompagne de charges, d’impôts et de privilèges.

Les Arabes inventent le mot AL KUHL et celui-ci sera introduit au XVIème siècle dans son orthographe actuelle dans notre langue : ALCOOL.  
       

La Renaissance marque l'essor du vin-plaisir. Elle signe la qualité et la naissance des grands crus (XVIIème et XVIIIème siècles). Dans nos sociétés rurales, la présence du vin à table fait partie de la « restauration » du corps (« le pain fait la chair et le vin fait le sang »). Ce vin partagé est un signe de joie sociale affichée et démontre en plus la virilité des hommes présents.
 Le partage du vin aide à la signature du marché, à l'accord de fiançailles, scelle l'entente entre les nouveaux alliés, réconcilie les disputes qu’il anime, et permet la rencontre entre deux parfaits inconnus.
     
L’ambivalence
Dès le XVIIIème siècle, on rencontre toutefois des textes qui décrivent le « boire » consolateur, la réponse au malheur social, ou encore au XIXème siècle, le « boire » source de trouble social.
 L'ivresse est ainsi souvent mise aussi en images (dans les films, les feuilletons télévisés) comme signe d'un échec masculin, social, amoureux, ou comme source aussi de violence.
L'histoire du XIXème siècle est à ce titre révélatrice de cette ambivalence. D'un côté, la bourgeoisie du XIXème siècle et ses excès (le cigare, les savoirs gastronomiques et œnologiques sont les signes de la réussite économique financière, politique, …), d’un autre, alors qu'elle invente la gastronomie et l'œnologie, cette même bourgeoisie adhère massivement au mouvement antialcoolique.  
       

L'alcoolisme est un fléau grossier, prolétaire et produit par de mauvais alcools industriels qui met en péril la nation.

Mais le bon vin et les eaux de vie, produits du terroir, sont un signe de culture et de goût distingué. Les syndicalistes et dirigeants du mouvement ouvrier rallient les associations antialcooliques.

Il semble que ce soit le départ du concept de "l'alcoolisme mondain" comparé à l'alcoolisme de monsieur tout le monde.
       
La contradiction est totale. Les politiques répressives et les campagnes antialcooliques se multiplient (répression de l'ivresse publique par la loi du 13 février 1873, interdiction de l'absinthe juste avant le déclenchement de la guerre de 1914, obligation d'enseignement en 1895 sur « les dangers de l'alcool au point de vue de l'hygiène, de la morale et de l'économie sociale et politique ») alors que parallèlement la consommation de vin est valorisée.

 
  Pendant la première guerre mondiale par exemple, les civils sont tenus de ne pas consommer de vin afin de le réserver aux « poilus » pour la victoire. Dans notre culture cinématographique contemporaine, l'ivresse collective est un signal de fête, avec ses chants, l'expression du triomphe sportif, économique, militaire, etc.

 
    C’est à cette période qu’apparaît le terme « alcoolisme » : un médecin suédois, Magnus Huss, réunit sous ce terme, en 1849 « les manifestations pathologiques de l’intoxication alcoolique » après avoir découvert que des lésions viscérales (affections hépatiques, cardiaques ou neurologiques) et des troubles du comportement de la population hospitalière de Stockholm étaient liés à une surconsommation d’alcool.
       
Début des politiques de lutte contre l’alcoolisme.

À partir de 1954, sous l'impulsion du gouvernement de Pierre Mendès France, l'action publique contre l'alcoolisme prend des formes multiples :
- Réduction de l'offre, à partir de 1954, par la fermeture des débits de boissons, par la réglementation des points de vente (sur les lieux de travail notamment : obligation est faite aux employeurs de mettre à la disposition de leurs salariés de l'eau potable), par la disparition du privilège du bouilleur de cru en 1960.
- Développement de la prévention, prévention routière et prévention scolaire.

  - Organisation de campagnes publicitaires anti-alcool.
Réglementation de la publicité avec l'interdiction d'associer l'alcool au sport et à la conduite automobile.
Création en 1954 du Haut Comité d'Etudes et d'Informations sur l'Alcoolisme.
       
  Jusqu'au milieu des années 1960, les différentes politiques de lutte contre l'alcoolisme ne parviennent pas à enrayer la croissance de la consommation.    
       
Le succès culturel d'une nouvelle classe sociale, aux modes plus hygiéniques de consommation, prive progressivement de prestige les conduites d'excès du boire et manger que partageaient ensemble, mais chacun dans son monde social, les hommes de la bourgeoisie dominante et les hommes du peuple. Vers la fin du XXème siècle : les « cols blancs » du secteur tertiaire boivent de l'eau au bureau, prennent soin de leur corps et choisissent pour leurs invités des vins de qualité une seule fois dans la semaine. Les modes de consommation changent, mais ils privilégient l’alcoolisation massive hebdomadaire destinée à produire l’ivresse.

Apparaissent les fêtes du vendredi, samedi et dimanche que les circonstances font commencer le mercredi soir. (CAEN rue Saint Pierre par exemple)

La prévention s’accélère avec de nouvelles réglementations :

- Aggravation des peines pour conduite en état d'ivresse en 1985.
- Mise en place de campagnes publicitaires comme en 1984 « Un verre ça va, trois verres…bonjour les dégâts ».
- Enseignement d’alcoologie, en 1971, pour les étudiants en médecine, les élèves des professions paramédicales, les juristes et les travailleurs sociaux.
 
       
Ce n'est pourtant que très récemment que l'alcool a pris sa place parmi les substances psycho-actives considérées comme dangereuses du fait de leurs effets potentiellement sévères. Ainsi, depuis 1999, les compétences de la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (MILDT) sont étendues à l'ensemble des substances psychoactives licites, au rang desquelles figure l'alcool.

La prévention et la prise en charge de l’alcoolisme reste une préoccupation majeure de santé publique aujourd’hui et est une des priorités du gouvernement.

L'usage du vin est donc un marqueur culturel ancien de la civilisation latine puis européenne. Si l’alcool a perdu son sens sacré, il conserve sa valeur symbolique. Le geste de trinquer est un signe de reconnaissance, une invitation.
Contrairement à ce généralement l'on pense, l'alcool devient petit à petit un facteur d'une fracture sociale.
Il rimait avec joie et intégration sociale. Mais, par ses effets, il devient préoccupant pour  la santé (sur les différents organes, l'alcoolisation chronique est responsable chaque année de 23 000 décès directs), l'isolement social et aussi la cause de 2 700 blessés sur la route.
       
     

Le traitement de l’alcoolisme à travers l’histoire.

Au XIX° siècle, la France a 40 ans de retard sur les autres pays dans sa perception de l’alcoolisme.
La conscience médicale est marquée par la théorie de l’hérédité et de la dégénérescence.
   

En 1852 c’est l’utilisation du terme ALCOOLISME par Magnus Huss pour désigner les troubles engendrés par l'abus d'alcool.
 

Un terme proposé par Magnus Huss

En 1849, un médecin suédois, Magnus Huss, ayant observé que de nombreuses affections gastro-entérologiques, neurologiques, psychiatriques, cardiologiques étaient manifestement liées à l'absorption inconsidérée d'eau-de-vie de haut degré alcoolique, créa le mot alcoolisme. Ce terme désignait ainsi le commun dénominateur de cette pathologie si diverse, et remplaça par là même celui de ivrognerie.
Ce nouveau mot en isme avait l'avantage de ne plus véhiculer, ou tout au moins de minorer la charge affective qui rejetait les ivrognes dans le domaine du péché. Ce vice, longtemps considéré par les classes dirigeantes comme l'apanage des classes laborieuses, fut d'abord rapporté à la consommation excessive des seules boissons distillées, tandis que les boissons fermentées (vin et bière) étaient volontiers réputées hygiéniques et sans danger. Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que la notion d'alcoolisme en tant que maladie prévalut, que des recherches objectives furent entreprises et que des échanges internationaux, avec la participation de l'Organisation mondiale de la santé (O.M.S.), furent instaurés.

 
En 1883, création de la Croix Bleue à Valentigney à l'initiative de Lucie PEUGEOT. La maison sis 27  rue Des Glaces fut acquise par Lucy PEUGEOT en 1870, afin de la transformer en café de Tempérance. (cuisine, bar sans alcool, salle de lecture etc.)
Elle souhaitait en effet proposer une alternative à la fréquentation des bistrots forts nombreux à l’époque et qui causaient des maux dans bien des foyers. La maison devint ainsi le siège de la Croix Bleue. (Cette dernière se déclinera plus tard en société française, le 8 mai 1904)

 

Ce n’est qu’à partir d’avril 1894 que sont crée les premiers quartiers spéciaux pour les buveurs dans les services asilaires. 500 lits pour homme voient le jour dans deux asiles. Ce fait est nouveau en France, mais à l’étranger de nombreux établissements de soins pour alcooliques existent déjà. On commence alors à parler des alcooliques et de leur traitement.  
On doit à un suédois le concept nouveau d’alcoholismus chronicus. Il insiste sur la dipsomanie (besoin maladif de boire des boissons toxiques, en particulier de l'alcool) ."C’est toute la différence qui sépare un vice d’une maladie "  
En France et dans les pays latins viticoles la consommation usuelle de vin est considérée comme normale. L’alcoolisation est sans connotation psychiatrique. On ne parle pas encore de dépendance ni ne maladie alcoolique. On parle plutôt de "funestes habitudes " ou de "passion de boire " La théorie de la dégénérescence dont la consommation d’alcool est la cause est très répandue. " Les buveurs créent des dégénérés et les dégénérés créent des buveurs ". Il n’était donc pas possible de guérir les "tendances dépravées des buveurs d’alcool ". Le vieux dicton : " qui a bu boira " date de cette époque !  

Ce n'est qu'en 1819 que Rayer découvrit l'origine permanente du Delirium Tremens.
En 1850 on soigne au rhodanate de potassium, afin d’obtenir un effet répulsif à l’alcool.
En 1853, la thèse de REBER parle brièvement du traitement du Delirium Tremens par l’opium.

   

Trois facteurs allaient en 1894 favoriser la création d’asile pour alcooliques.

1/ Un discret courant parlait d’une possible thérapeutique curative de l’alcoolisme chronique.

2/ Les hospitalisations pour aliénation mentale d’origine alcoolique progresse, surtout après la guerre de 1870. On s’aperçoit que les aliénations augmentent en même temps que la production et la consommation d’alcool. En 1898, ¼ des admissions sont dues à l’alcool.

3/ "De l’asile au cabaret " La loi de 1838 ne permet pas de garder les internés pour délire à la disparition de celui-ci. Donc une fois dehors l’intoxication reprend. En 1885 LANCEREAUX demande la création de maison de refuge pour ceux qui ne peuvent éviter l’abus des liqueurs fortes.

 

 

En 1895, c’est à la suite du rapport de messieurs MAGNAN et LEGAIN que l’Assistance Publique encourage la création de quartier pour les aliénés alcooliques. Le traitement qui leur est appliqué à de quoi étonner aujourd'hui, MAGNAN rappelle que " ils boivent d’abord la ration de vin qui fait partie du régime commun puis la ration supplémentaire accordée aux travailleurs "

La prise de conscience de la nécessité de l’abstinence absolue pour permettre des résultats commence à s’entendre. Les alcooliques ne sont plus "des déséquilibrés héréditaires ou de psychopathes constitutionnels. " Les guérisons apparaissent après 6 à 18 mois d’hospitalisation.

   

Il faut attendre 1898 pour que l’idée d’alcoolo dépendance se généralise. On parle alors d’accoutumance à des produits toxiques et du besoin irrésistible d’en user. Il s’agit de "l’alcoolisme latent "

On soigne avec des thérapeutiques diversifiées : La teinture de noix vomique et la strychnine. Bain de bouche faradique. Un traitement moral sur les dangers de l’alcool ou des "exercices religieux ".

L’idée que pour guérir, il fallait une abstinence à vie commence à poindre.

 

La notion de traitement psychique commence à apparaître, le concept de l’abstinence forcée, est remplacé par le concept de convertis à l’abstinence. On n’utilise la suggestion, notamment la suggestion hypnotique.

En 1900 apparaissent les premiers "dispensaires antialcooliques et d’hygiène "

 
 

Les mouvements néphalistes ouvrent des lieux de consultations distinctes des consultations des hôpitaux psychiatriques, pour éviter l’argument "on me prend pour un fou ".

La lutte contre l'alcoolisme à la fin du siècle dernier a pris naissance dans la morale sociale sous le couvert de l'hygiène publique. Les frères PELLOUTIER (1900 la vie ouvrière en France) séparent les pratiques sociales et individuelles.

 

L'alcoolisme est propre à notre époque, il est lié à la misère, à l'excès de travail, à la mauvaise qualité des alcools, c'est celui des ouvriers.

L'ivrognerie est de tous les temps, de tous les pays, de toutes les classes.

Ce sont les initiatives privées qui créèrent les premières structures réservées aux malades alcooliques.

Deux centres de postcure qui ont une vision moraliste des soins, ouvrent en France.

 

La guerre 1914/1918 à eu deux conséquences :

- La disparition de la motivation des mouvements antialcoolique, à savoir la crainte d’avoir des soldats dégénérés par l’alcool, incapable de reprendre l’Alsace et la Lorraine.

- et l’apologie du "bienfait du gros rouge " qui à permis aux poilus de tenir dans les tranchées. Voir "l’hommage au vin " du général en chef des armées françaises de 1918.

 
 

1918 C’est l’apparition des sociétés de " patronage " et des "sociétés de tempérance ".

En 1922 est inauguré, dans le cadre de l’hôpital psychiatrique de St. Anne le premier service ouvert. Les malades peuvent franchir dans des conditions de sécurités suffisantes la période si dangereuse de l’accès hallucinatoire toxique.

En 1934 commence les premières cures à l’apomorphine dites "cure de dégoût ". L’apomorphine est un sédatif de l’anxiété, ce grand facteur de l’alcoolisme, on pensait que son action pouvait supprimer le besoin d’alcool sans nausée et vomissement, rien que par son action pharmacodynamique.

 

En 1936 s’ouvre de tel service dans tous les Hôpitaux Psychiatriques.

Au niveau législatif les soins aux malades alcooliques dépendaient de la loi du 30 juin 1938, relative aux aliénés. Cette loi restera en vigueur jusqu’à son remplacement par la loi du 27 juin 1990. " L’hôpital ne veut pas de lui, l’asile ne peut le recevoir, il est condamné à s’intoxiquer encore ".

 

1939 L’alcool intraveineux est utilisé dans le sevrage et dans les états alcooliques délirants ;

Il fut employé couramment sous forme de soluté glucosé hépatisé.

 

1940 on utilise l’émétine comme vomitif

En 1948 est créé le disulfirame (esperal) qui semble-t-il ouvre la voix à un traitement ambulatoire de l’alcoolisme. Ce produit, associé à l’alcool, bloque l’aldéhyde déshydrogénasse en entraînant des sensations de malaise avec impression de chaleur, céphalée, gène respiratoire, rougeur de la face, hyperthermie des conjonctions, accélération du pouls et chute de tension.

 

Dans les "cures de dissuasions " après prise du produit le malade consomme de l’alcool pour provoquer une D.E.R. (Disulfirame Ethanol Réaction) ou effet antabuse. L’épreuve et répétée avec des délais variables dans la semaine.

Dans "le traitement d’interdiction " le disulfirame est donné en dose modérée et de façon prolongée pour aider au maintient de l’abstinence.

 
Suite à cette découverte l’état décide en 1955 que les dispensaires d’hygiène mentale sont chargés du dépistage, du traitement et de la postcure des malades alcooliques. Ces centres sont deviendront les CMP en 1986.  

1950 DUCHENE réclame l’existence de services pour alcooliques dans les hôpitaux généraux. Ceci fut entériné en 1978.

La loi du 15 avril 1954 précise que les alcooliques dangereux doivent être placés sous la surveillance de l’autorité sanitaire. Elle prévoit d’autre part la création de centres de soins spécialisés et l’aménagement de sections spéciales auprès des hôpitaux pour la désintoxication et la rééducation des alcooliques.

 
 

1955 c’est l’apparition à Saint-Cloud du traitement avec psychothérapie et notamment psychothérapie de groupe, ainsi que le travail avec les mouvements d’anciens buveurs.

En 1960 s’est la politique de la sectorisation. Des malades peuvent aboutir dans des services ou l'on ne s’intéresse pas obligatoirement de la maladie alcoolique.

 

En 1965 apparaît le traitement au sulfate de magnésie hypertonique appelée couramment "les chauffantes " qui retrace bien l’effet ressenti. Effet placebo non négligeable de ces piqûres.

Ces piqûres chauffantes sont sans conteste un excellent support psychothérapeutique, mais il y à aussi nombre d’argument en faveur d’une action favorable de cette thérapeutique sur les mécanismes biochimiques de l’alcoolo-dépendance.

Cette technique contribua considérablement au développement de cure ambulatoire.

 

 
 

On voit apparaître des cures avec une aide psychothérapeutique en cas d’abstinence mal vécue.

La postcure est basée sur trois piliers 

  • La psychothérapie est l’élément fondamental. Elle permet à l’alcoolique de réorganiser sa vie dans tous les domaines sans le concours de l’alcool et elle lui permet d’assumer la rechute, étape pratiquement nécessaire à une évolution favorable de la postcure.
  • Le deuxième élément est le médicament (disulfirame)
  • Le troisième élément thérapeutique capital est la "sociale thérapie " intégrant les problèmes de situation socioprofessionnelle (travail, famille, justice etc.)

La cure mal dénommé de "désintoxication " laisse croire à la restitution d’un équilibre dans un délai cour (1 mois) alors que le travail de postcure est la phase la plus importante, c’est à dire l’apprentissage de la vie quotidienne hors alcool.

 
En 1970 apparaissent les Consultations d’Hygiène Alimentaire (C.H.A.). Il faut donner une importance particulière au traitement des maladies de la nutrition, la maladie alcoolique étant le principal mais non le seul objet des consultations. Le terme "hygiène alimentaire permettait de prendre en charge des malades qui refusent d’attribuer à une consommation excessive de boisson alcoolisée les troubles ressentis.
Les malades n’ont plus à aller à l’Hôpital psychiatrique.

 

En 1971 le traitement au disulfirame, outre son effet biologique, est un support à l’établissement d’une relation psychothérapeutique. Les établissements, avec des variantes proposent :

  • La pratique de l’abstinence.
  • Un accueil du malade en tant que personne digne de respect.
  • Une aide psychothérapique, complétée par de la relaxation, dynamique de groupe, ergothérapie, etc.
 
 
Les foyers de postcure commence à s’intéresser à la réinsertion par le travail de l’alcoolo dépendant désocialisé.  

La circulaire du 14 mars 1972 prévoie que "le psychiatre soit impliqué dans la lutte contre l’alcoolisme ".

La circulaire DGS/1312/MS du 16-07-1973 reconnaît l’alcoolisme chronique comme une Maladie.

 
 

En 1975 les C.H.A deviennent des Centres d'Hygiène Alimentaire (Circ. Veil)

C’est la généralisation en 1978 d’unité d’alcoologie en hôpital général par la prise de conscience par les médecins de l'alcoolo-dépendance. (Circulaire DENOIX DGS/454/MS2 28-06-78) Après les soins de gastro-hépato le patient avait une amélioration de son état somatique mais avec une reprise immédiate de l’alcoolisation dés la sortie.

Traitement à la sérotonine, thérapeutique de l’acamprosate (Aotal).

 
En 1983 apparaissent des traitements non standardisé de l’alcoolique. On s’oriente vers un accompagnement personnalisé du malade dans toute sa globalité. Le 15 mars 1983 par la circulaire RALITE les C.H.A. deviennent des C.H.A.A : Centre d'Hygiène Alimentaire et d'Alcoologie .    

Dans les structures on utilise de plus en plus de méthode :

Psychothérapie individuelle.
Dynamique de groupe.
Ergothérapie
Technique de relaxation.
Le patient vient se soigner et non plus se faire soigner. L’intérêt d’une thérapie de groupe associé à des entretiens individuels se généralise.

 

La post cure n’est pas un temps de repos, mais un temps dynamique. C’est pendant celle –ci que se fait l’essentiel du travail qui est celui du décryptage des conflits interne

La théorie de FOUQUET selon laquelle "il y a alcoolisme lorsqu’un individu a en fait perdu la liberté de s’abstenir de boire " est prédominante.

Trois facteurs apparaissent :

Le facteur psychique

Le facteur de tolérance

Le facteur toxique.

 
     
Une discipline nouvelle apparaît ; l’alcoologie. Elle est capable d’intégrer les différentes données biologiques, psychologiques, sociologiques, économiques dans une vision globale des problèmes d’alcool.    

Diverses formes d’action psychothérapeutique voient le jour, suivant les différents courants psychothérapiques. La plus en vogue est l’approche systémique

Les techniques aversives médicamenteuses à l’apomorphine tombent en désuétudes. " Elles se situaient dans unes sorte de d’accord sadomasochiste entre soigné et soignant avec désir d’être punis est désir de punir "

Les thérapeutiques médicamenteuses n’occupent plus le devant de la scène tout en restant utilisées. (Sulfate de magnésie hypertonique intraveineux, antidépresseur, tranquillisant, l’acamprosate)

 

La "sociale thérapie" selon l’expression de Brion est au premier plan du traitement.

La valorisation des mouvements d’anciens buveurs est acquise.

Actuellement le traitement de l’alcoolo-dépendance se situe dans un processus d’accompagnement et non plus de prise en charge.

Des progrès sont faits. On peut citer par exemple, l'Agence Régionale de santé de la Normandie.
En classant les associations d'anciens buveurs dans le secteur médicosocial, elle  pense que seule la resocialisation peut mettre un terme à la dépendance alcoolique bien avant les traitements médicamenteux qui sont , il est vrai, très peu efficaces.

la prescription du disulfirame (esperal) encore aujourd'hui démontre le peu de progrès enregistré depuis deux siècles.