PROBLEME D'ALCOOL
GERER LE TEMPS ET L'IMPATIENCE

       
Supprimer son addiction est un processus complexe et difficile à analyser.
Chacun, au vu de ses différences, doit avoir une thérapie adaptée.
Un point trop souvent oublié par le corps médical est le milieu dans lequel gravite la personne. (Milieu mieux connu par le milieu associatif)

Ce n’est pas qu’une question de volonté, ni qu'une preuve de faiblesse que de ne pas y arriver.
De nombreuses étapes sont à passer avant d'entrevoir un début de progrès.

       
  Il faut considérer que chaque difficulté a une ou des solutions.
Ceci nécessite de prendre le temps d'y penser et de les classer par ordre. Ceci doit être fait avec une personne de confiance.
  Commencer par rechercher dans la petite enfance n'est qu'un moyen de faire perdurer le problème.
 Commençons par le présent et le passé récent et cela n'en sera que mieux.
       
De toute façon, le premier écueil est le DENI qui fera minimiser le problème. Pour se sortir de ce mauvais passage, il faut une certaine lucidité que l'on ne peut avoir si on est sous l'emprise de l'alcool ou même de produits médicamenteux puissants.

Cette période voit croitre l'impatience et de nombreuses personnes baissent les bras et abandonnent en re-consommant par lassitude

 
  Première difficulté rencontrée :

Savoir attendre du mieux et l'attente peut être longue.
L'impatience de voir des résultats significatifs.
Beaucoup trouvent que les progrès ne sont pas rapides. Il est vrai que les conséquences de l'alcoolisation sont arrivées très vite et que les réparations seront très longues.
       
  Commencer le traitement et on croit immédiatement que tout va aller mieux.    
  Les améliorations vont avancer par stades, physiquement d'abord et psychologiquement ensuite.

Mais le ou les traitements n'agiront que dans le temps et cela est généralement mal vécu.
L'impatience est la conséquence d'un arrêt total qui, comme le disait une personne participant au groupe (CAEN) du 6 novembre 2018, s'est senti frustré lors de cette étape.  
  Cette personne a a cru pouvoir descendre sa consommation pour arriver à zéro et cela a été une forte déconvenue.
Cela n'a eu comme résultat que de faire perdurer le mal être et la consommation bien sûr.
Un participant a parlé (lors du groupe de parole cité plus haut) du désarroi ressenti lorsque la vérité médicale lui a été donnée : "on vous laisse croire pour que vous vous  rendiez compte de l'impossibilité de réduire"
       

Plus ce sera difficile et plus les risques de rechutes seront importants.

  La frustration, si elle est ressentie, perdurera et s'estompera doucement mais sous la seule condition que la consommation reste à zéro.
       

LE TEMPS QUI PASSE 

     
UNE ANALYSE PARTICULIERE ET TRES INTERESSANTE PRESENTEE PAR Y. Cette analyse a été argumentée par un de nos membres qui restera anonyme selon ses vœux.  
     
  Comment peux-t-on décrire la vie d'une personne addicte ?
 
   

Revenir systématiquement sur le passé et chaque jour recommencera identique au précédent.

 

 

Les journées se ressemblent toutes et sont passées de la même façon.

Lever, tv, rabâcher son malheur, travail s'il y en a, manger, se coucher.

Certains se disent, je ne bois pas aujourd'hui et la décision sera prise chaque matin.
C'est lassant, usant et finira comme d'habitude par des tranquillisants et comme cela ne va pas assez vite, de l'alcool.

  Comment évoluer si la façon de se sortir de ce mauvais pas n'est pas réfléchi.

Prenons un exemple constaté et qui doit être très courant dans le milieu des addictes.

 
     
Yolande a vécu un enfer certain et se retrouve dans une situation très très embarrassante.
Faire la liste de tous ses ennuis serait même fastidieux.

Que fait-elle ?
Le matin, c'est le lever. Café et tv allumée qu'elle ne regarde pas d'ailleurs et elle n'est pas la seule.
Gênée financièrement, elle a du mal à faire des courses et il y a ce tabac qui lui sert d'évasion.

Elle se remémore son passé, ses ruptures et ne voit en demain que les ennuis à gérer.

Elle rumine, prend ses médocs et attend que le mal-être s'en aille.
Bien sûr, il ne part pas car elle reste prostrée, passant d'une pièce à l'autre de son appartement sans courage.
Dans sa solitude, elle a des visites mais cela ne reste qu'occasionnel et remonte le moral pour un  temps.
Le soir est arrivé. Peu ou pas d'alimentation à part le café. Programme tv pour passer la soirée, somnifère et au lit.
Demain sera une copie conforme à aujourd'hui...

  On peut aisément comprendre que la période est dure mais cela fait des années que cela dure.
Pour l'instant, l'alcool est parti mais ....

Docteur BURY du CSAPA RIE GAUCHE CAEN

  Le problème social est énorme. Un effort a été déjà fait. La coupure avec l'alcool est faite mais n'y a t il pas des raisons pour cela (manque d'argent sûrement) demeure log, très long.
ATTENDRE SANS AGIR DEMEURERA STERILE.
  ET S'IL Y A ENCORE DE L'ALCOOL...

   

NE PAS OUBLIER :

Il n’y a pas de traitement ou de prise en charge miraculeux.
   

A l’heure actuelle, aucune « pilule magique » ne permet de faire disparaitre la dépendance. Les mécanismes qui concourent tant à son origine que son maintien sont bien trop complexes et font intervenir une multitude de facteurs. La plupart du temps, c’est une démarche personnelle et volontaire, soutenue par une réflexion approfondie, qui permet de dénouer ces liens.
   
Le traitement en ambulatoire est difficile et est réservé à ceux et celles qui sont forts et bien décidés.   Se croire unique, le seul ou le plus malheureux sur terre, est destructeur car ce sentiment apportera la déprime.    
  Je me sens seule avec mon problème d'alcool Ce qui m’a aidée à tenir, ce sont les groupes de paroles. J’y ai trouvé de la chaleur, une écoute bienveillante, et même des “tuyaux”. Quand on ne peut pas en parler autour de soi, c’est l’endroit où on peut se confier

.

  Ces espaces de paroles peuvent être un réel appui pour les personnes isolées. On s’y retrouve entre “pairs” et on s’exprime souvent plus librement qu’avec les médecins.  Il y a cependant un bémol : "Ne pas vouloir entendre ce que l'on s'y dit et en particulier l'impossibilité de gérer une petite consommation"
qu'il est dur d'accepter le mot "ABSTINENCE TOTALE"
       
  L 'ECHEC Il n'est pas rare et il ne faut pas dramatiser. Il y a même des alcoologues qui préconisent la modération  afin de faire prendre conscience que seul l'abstinence sera LA SOLUTION. La difficulté est de se persuader que cela est possible.
       
 

QUE FAIRE ?

Il y a un recours si cela est trop difficile : faire une cure en milieu spécialisé.    

A la suite de cette cure, il est indispensable de poursuivre en ambulatoire. Croire qu'après la cure, c'est terminé pour l'addiction est une utopie complète.  
           
     
EN TOUT CAS, IL FAUT ETRE PATIENT et ne pas croire en la rapidité des résultats.   La fréquentation d'un groupe de paroles, non médical, est un élément non négligeable et un facteur de réussite.  
     

   
Des questions légitimes :      
         
Quand faut-il envisager le sevrage physique de l'alcool en milieu hospitalier  ? Dans certaines situations (surtout la  nécessité d’isolement social), l'hospitalisation sera une solution viable.  
    La peur du manque physique et de l'apparition possible de certains troubles fait peur et bloque l'envie d'arrêter.  
    En milieu médical, ces troubles possibles seront beaucoup mieux surveillés et il n'y aura pas de problèmes.  
   

 

    Ce qu'il faut se dire ou se persuader :
Lorsque l'on a essayé plusieurs fois de cesser ou de réduire sa consommation sans succès, il faut se résigner à passer par la case hospitalisation.
     
  "Je ne sais pas si je pourrais me tenir au zéro alcool. On en voit partout, c’est tellement abordable." Mais j’ai pris de nouveaux réflexes et de j'ai de nouvelles manières de consommer. Je n’achète plus d’alcool fort, je ne bois pas en semaine ni quand je suis triste... Et maintenant, j’ai de moins en moins envie de boire tout court. Dans un contexte de dépendance, rares sont ceux qui parviennent à s’autocontrôler.
   Avoir un problème d'alcool de ce type et avoir une attitude comme celle décrite ne pourra pas avoir une solution pérenne.  
     
Il est plus difficile de se contrôler que de ne pas boire du tout. Au niveau associatif, nous ne rencontrons que cette argumentation. Beaucoup ont essayé et tous  sont arrivés à cette position. La difficulté du contrôle estBeaucoup d’anciens buveurs assurent qu’il est plus difficile de se contrôler que de ne pas boire du tout.  

     
Les dangers viennent de certains traitements prescrits (avec une incertitude quant au résultat) et de l'utilisation des médicaments miracles qui laissent entrevoir une possibilité qui s'avérera négative. (Le Selincro, Baclofène et assimilés).
     
  Néanmoins, du côté des spécialistes, on assiste à un changement de paradigme :
l’abstinence radicale et définitive n’est plus présentée comme la seule voie possible et la possibilité d’une réduction progressive de la consommation est offerte à ceux qui le souhaitent mais sans certitude.
  C'est encore une idée que l'on essaie sans aucune certitude de réussite voire même avec, dans la tête du prescripteur : "Essaie et tu verras bien que tu iras dans le mur".
Par contre, nombreux sont ceux qui vont le croire et s'y engouffrer et attention les dégâts. Un bon nombre, déçus, ne reviennent plus dans le domaine du soin.
         
Pourquoi faut-il intégrer la famille dans le processus de guérison ? La démarche implique des changements de comportements de part et d’autre, qui seront d’autant mieux acceptés que tous s’y seront préparés.    Même si on se cache, qu’on ne dit rien ou si peu, l’entourage n’est pas dupe et en souffre probablement.
       
  DES INTERROGATIONS QUI MERITENT UN OU DES ECHANGES AVEC LES ACCOMPAGNANTS.      
J’ai peur du vide que comble l’alcool quand je rentre chez moi le soir Comment "casser” les habitudes qui conduisent à la prise d’alcool ?   Je redoute de ne pas pouvoir résister à la pression sociale  
         
       
  Au début, j’ai pris le parti de limiter les sorties, d’abord pour éviter les questions, ensuite parce qu’il y en a toujours un qui aurait tenté de me faire craquer avec ce genre de phrase : “Un petit verre, ça ne peut pas te faire de mal !”.
         
  Beaucoup de personnes dans une démarche de soins, se verront sollicités de reboire par l'entourage présent.
Il est difficile par ce dernier d'accepter une démarche qu'eux mêmes devraient entreprendre (effet miroir)
         
Renouer avec d'anciennes relations ? Pour éviter les tentations, il est logique de rester à l’écart des lieux à risque et des compagnons de boisson avec qui les liens sont superficiels, et de rencontrer les amis plus proches mais consommateurs excessifs autrement que dans un cadre festif, par exemple au cinéma, en balade ou au petit déjeuner . Et, pourquoi pas, de renouer avec d’anciennes relations dont on s’était éloigné, justement à cause de l’alcool.