UN PARCOURS POIGNANT ET POURTANT TELLEMENT COURANT

 
  LEGAL MAIS CONSIDERE COMME UNE DROGUE DURE :

L'ALCOOL

Dans notre pays presque tout le monde boit parce que l’alcool c’est une tradition.
L'alcool est présent au centre de tous les contacts sociaux :au milieu de la table en mangeant, aux inaugurations avec les politiques etc.
 
  Rares sont les jeunes élevés dans un univers sans cette fameuse bouteille.   Les mœurs ont pourtant changé mais au lieu du vin, on a connu les apéros à rallonge (anis, whisky, rosé,..) apéros qui perdurent durant le repas.  
       
Un homme disait : De ma jeunesse je me souviens des rituels annuels où les moments festifs réguliers, donnaient lieu à des consommations "musclées".  Certains ajoutent avec assurance : "Deux verres par jour, c'est bon pour la santé."  
         
  Témoignage recueilli et raccourci :      
  Comme beaucoup de ma génération, j'ai commencé à boire pendant la période du collège. Je devais être en cinquième quand j’ai pris ma première cuite alors que je quittais mes 13 ans.    
         
  Arrivé au lycée, les quantités, la fréquence des consos augmentaient de façon tout à fait naturelle, sans que cela nous pose de soucis. Il faut dire que l’alcool était tellement démocratisé dans notre société, que très peu de gens minimalisaient le problème. Aujourd'hui, c’est même presque normal de prendre des cuites quand on est jeune. Cela fait partie des apprentissages.    
         
  Dès l’âge de 16-17 ans on n’imaginait déjà plus une soirée sans picole et on avait pris l’habitude de se rejoindre au bar pour les apéros entre potes.      
 

     
 

Je me rappelle que dès le vendredi soir, on allait dans certaines grandes surfaces pour acheter nos packs de bière. Nous nous retrouvions souvent avec des gens qui en achetaient également.  Notre rayon favori était presque devenu un endroit convivial, de rencontres, où on profitait pour discuter du genre « hey salut vous faites ce soir ? la bringue ? ».

Les soirées du nouvel an étaient souvent des moments de beuverie mémorable où on achetait assez d’alcool pour que chacun fasse son coma éthylique et il en restait souvent pour que tout le monde se remette une grosse caisse dès le lendemain parce que malgré notre jeune âge on avait déjà pris cette fâcheuse habitude de soigner le mal par le mal.

      
         
 

Assez rapidement dans le groupe de potes, il y en avait certains qui se différenciaient par les quantités astronomiques qu’ils pouvaient ingurgiter sans être malade !

C’était même plutôt classe de pouvoir boire beaucoup d’ailleurs. A l’inverse, tu étais un peu considéré comme un looser, si tu ne tenais pas l’alcool.

Bref petit à petit la fréquence de nos consos a augmenté. Si certains réussissaient à s’en tenir que le week-end, d’autres dont je faisais partie, buvaient aussi en semaine pour ajouter un peu de fun dans nos quotidiens.

         
 

Déjà à cette époque l’alcool a commencé à apporter son lot de petits soucis et gueules de bois le matin, le séchage des cours parce qu’on avait trop bu la veille, les prises de tête entre potes pendant les soirées trop arrosées, etc.
Il faut dire que certains tenaient mieux que d’autres et que l’alcool rendait même quelques-uns complètement con au point d’appréhender le moment où la soirée allait basculer en mode « on se met sur la gueule » parce qu’on a trop bu…

Et puis un peu plus tard on a aussi expérimenté les premiers accidents de bagnoles, heureusement sans gravité pour moi ! mais disons que c’était pas toujours le cas autour de nous.

Dans mon cas ma conso d’alcool n’a fait qu’augmenter sans que je me pose trop de questions. Je savais que je buvais beaucoup mais comme je n'étais pas tout seul et que j’arrivais à vivre comme ça, je m’en foutais un peu…
Les quantités et la fréquence ont vraiment décollé durant mes années d’études après le bac, certains bars étaient devenus nos QG.
On avait nos petites habitudes. Là bas, on connaissait tous les habitués. Nous, on aimait bien les bars un peu glauques parce que c’était pas cher et qu’on pouvait éviter de se coltiner tous les étudiants bien sage et propre sur eux. Les habitudes dans les Open bars et Happy Hours m'ont fragilisé. (Bien qu'interdites, ces pratiques perdurent pour les habitués)

 
         
 

C’est aussi à peu près à cette époque que j’ai commencé à boire chez moi avec ma nana. Il y avait tout le temps de l’alcool chez nous et on se privait pas pour se faire des apéros qui n’en finissaient plus. On finissait bourrés tous les  deux à deux heures du mat, après avoir refait le monde.

J’ai pu tenir cette cadence encore quelques années avant d’avoir des problèmes un peu plus chiants. J’avais par exemple pris la mauvaise habitude de commencer l’apéro tout seul en attendant ma copine et parfois il m’arrivait aussi de le finir tout seul certains soir.

Je buvais de plus en plus puisque j’avais déjà une forte tolérance avec l’alcool.

 

     
  Certains de mes potes me disaient que je buvais un peu trop même si j’en avais conscience, je n’avais pas vraiment envie d’arrêter.  
         
 

Je crois qu’à cette époque je me voilais un peu la face. L’alcool commençait à poser un gros problème dans mes études, non seulement parce que c’était difficile de se réveiller avec trois grammes dans chaque bras,  mais aussi parce que je n’étais jamais dans un état normal pour suivre les cours. Je ne parle même pas du nombre de matinées que j’ai séché parce que je n’étais pas en état.

Un jour je me suis rendu compte que j’arrivais plus à ressentir l’euphorie de l’alcool. J’avais beau boire tout ce que je voulais, je finissais par m’effondrer comme une merde sans même passer par la case heureuse.

 

         
 

Petit à petit, je me suis aperçu que je buvais tous les jours et qu'il m’était impossible d’imaginer une semaine complète sans picoler voire même une journée. J’avais déjà remplacé les bières par la vodka et quand je passais devant mon bar favori il m’arrivait de boire dès le matin pour accompagner certains de mes potes alcoolique qui étaient déjà là depuis l'ouverture (Vous savez, ceux qu’on croise le matin au comptoir tremblotants devant un verre).

Le patron du bar en question a fini par me dire que je ferais bien de me méfier avec l’alcool parce que selon lui, je buvais trop à cette époque.

 

 
         
 

Je fréquentais déjà les centres d’addictologie (CSAPA, CMP et autres) pour mes problèmes de drogue et là-bas aussi ma consommation  d’alcool était devenue un sujet de discussion récurrent.

Dans tous les tests que j’ai passé pour évaluer ma dépendance avec l’alcool j’ai explosé les scores. Cela aurait été un sujet comique dans une soirée mais là, ce n'était plus aussi amusant.
Au début être catalogué dans la rubrique des alcooliques fait un peu flipper parce qu’on y associe parfois l’image du vieil alcoolo dégueulasse avec son gros nez rouge en forme de patate en plein milieu de la face mais en fait je me suis rapidement rendu compte qu’on pouvait aussi avoir un problème avec l’alcool tout en étant jeune, super intelligent et beau comme un dieu grec...

Mais bon, disons que je ressemblais pas vraiment à l’image qu’on peut avoir de l’alcoolo cradingue du village quoi… mais cela dit, mon physique avait été modifié.

Un jour ma nana m’a clairement dit qu’elle en avait ras-le-bol de me voir tout le temps ivre, c’était devenu un sujet de disputes régulières.

   
    
LA DESCENTE N'EST PAS FINIE...        

Comme on peut s’en douter, à force de conduire en ayant toujours picolé, j’ai fini par me faire arrêter par les flics. C’était un de ces soirs où j’avais pas fait grand chose, pas bu plus que d’habitude, en fait je rentrais chez moi tranquille sur le coup des 22 heures. Et là je me suis fait gauler, j’ai  soufflé dans le ballon, l’éthylotest a indiqué 2,33g .

Je suis monté dans le fourgon et j’ai fait une nuit en garde à vue.
Plus de permis...
Ensuite j’ai été convoqué au tribunal pour m’expliquer et là j’ai eu beau essayer de me défendre en disant que c’était vraiment inhabituel pour moi.
Elle m’a dit qu’ avec 2 g elle serait probablement ivre morte et bien incapable de conduire, en clair elle a pas vraiment cru à mon histoire de beuverie exceptionnelle et à elle m’a collé deux mois de prison avec sursis, huit mois de suspension de permis, une amende et une injonction de soins…
Là j’avoue que j’ai pris une petite claque. C’était la première fois que je me retrouvais vraiment dans une situation comme ça à cause d’un produit.
Pourtant à cette époque j’étais déjà considéré comme toxicomane et ça faisait des années qu’on se mettait des races pas possible avec tout ce qu’on pouvait trouver, et c’est finalement l’alcool qui m’a mis dans la merde.
   
C'est quand même dingue mais cela ne m'a pas fait arrêter.
D’années en années, ma consommation a  augmenté lentement mais sûrement en entraînant des grosses difficultés dans la scolarité, des problèmes d’argent, des soucis avec la justice et pour clore le tout, ma nana a même fini par se barrer en partie à cause de ça.

D’ailleurs suite à cette rupture sentimentale je me suis volontairement noyé dans la boisson jusqu’à boire des quantités d’alcool complètement hallucinante, tous les jours de la semaine, du matin jusqu’au soir.

Disons que là j’étais vraiment devenu une loque !

   

LES ENNUIS S'AMPLIFIENT.

Un jour j’ai ressenti une douleur au ventre le matin en me levant. J’ai pris un doliprane mais ça s’est pas calmé. Alors j’en ai pris deux puis trois mais rien… impossible de faire passer la douleur.

Quatre heures plus tard, une plaquette de doliprane en moi j’ai fini par me résoudre à ramper par terre de douleur pour atteindre le téléphone et appeler les urgences.

Ensuite je me souviens juste avoir été transporté sur une civière, m’être endormi après qu’un médecin m’ait fait une piqûre. Je me suis réveillé dans un lit d’hosto avec une pancréatite aiguë.

Cela aurait pu être une cirrhose, un ulcère à l'estomac, mais cela aurait été aussi grave.

Cette hospitalisation a été pour moi une opportunité de faire une vraie cure pendant un mois et demi. J’en ai profité pour repenser à mon rapport avec l’alcool avant ma sortie.

On m’avait mis en garde de ne plus jamais boire d’alcool sous peine de soucis beaucoup plus graves, mais j’ai vite compris que ce serait compliqué pour moi de plus boire. Faut dire que contrairement aux drogues c’est vraiment très simple d’acheter de l’alcool.

   
         

J’ai donc rebu puis j’ai été hospitalisé de nouveau pour un petit bilan et cette fois les médecins m’ont pris entre quatre yeux pour me faire prendre conscience de la gravité de la situation.

Ils m’ont carrément demandé si mon but était de mourir. Ils m’ont alors conseillé de ne plus boire une seule goutte d’alcool de toute ma vie en me faisant comprendre que j’étais devenu un alcoolique chronique au même titre que tous les vieux cons qui partageait ma chambre pendant mon séjour là bas.

Cette seconde hospitalisation a été un déclic pour moi et à ma sortie je me suis vraiment mis dans de bonnes dispositions pour ne pas picoler. J’étais suivi de près par des psys et des médecins qui m’avaient d’ailleurs prescrit tout un tas de médoc pour pas péter un câble parce que je peux vous dire que le sevrage alcoolique sur le long terme, c’est presque plus dur que d’arrêter la came.
La tentation de boire est tellement omniprésente que les premiers mois s’apparentent à de la torture
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Pour éviter les tentations j’ai donc vécu reclus chez moi une année complète, plus de bars, plus de soirées entre potes,  plus rien en fait  !!! Ma vie d’avant tournaient tellement autour de l’alcool et des produits qu’il a presque fallu que je me réinvente une nouvelle personnalité.
Je me suis donc forcé à faire des activités artistiques, j’ai commencé à fréquenter des nouvelles personnes et j’ai même repris contact avec d’anciens potes que je ne voyais plus.

  Bon le gros problème c’est que j’ai aussi joué aux vases communicants en tombant progressivement dans une forte dépendance avec tous ces benzodiazépines qu’on m’avait prescrit et en les mélangeant allègrement.

Suivant un traitement pour mes penchants pour la drogue, on a changé ce traitement et j’ai donc naturellement perdu mes habitudes toxicomaniaques,  ce qui a été une très bonne chose. Par contre, j’ai bizarrement remarqué que l’obsession de boire devenait nettement plus importante.

   
   

 

   

Cette période d’abstinence complète avec l’alcool a duré environ cinq ans.
Ensuite, j’ai volontairement décidé de reboire parce que je pouvais pas me résoudre à plus pouvoir profiter d’un bon verre de pinard ou d’une bonne bière.

Les règles de vie extrêmement strictes que je m’étais infligées étaient certainement nécessaires pour un temps mais je n’imaginais pas vivre comme ça toute ma vie.

 

 
Ce que cela a donné est simple. Deux semaines de contrôle et tout a été remis en place comme avant. Alcoolisations excessives, des bouteilles et des bouteilles se sont succédées. J'en étais arrivé aux boissons dans des bouteilles en plastique, aux cubis.

J'ai été de nouveau hospitalisé. Le mépris de l'urgentiste m'a fait mal. J'ai eu honte.

Un dépliant trainait, il parlait d'une association avec Croix dessus mais un numéro de téléphone en rouge m'a attiré.

J'ai applé en sortant. Un rendez vous le lendemain, une visite chez un médecin alcoologue le surlendemain. Que cela a été vite.

Hospitalisation dans un centre spécialisé dans la quinzine et depuis, je vais toutes les semaines dans leur groupe.

C'est dur mais quand on regarde ceux qui vont bien, qui ont mon âge, quel espoir j'ai.

   
Finalement, je trouve que j'aurais du commencer par là. J'écoute et essaie d'appliquer les conseils qui viennent de partout. Je me retrouve dans tous les témoignages faits. J'essaie de me mettre dans la tête que l'alcool c'est fini pour moi. Il faudra du temps mais avec eux cela me parait réalisable.