ALCOOLISME CHRONIQUE AUX URGENCES HOSPITALIERES
LA PRISE EN CHARGE

Il est toujours interpelant de voir comment la prise en charge d'une personne en état d'intoxication alcoolique est faite. La famille ou l'accompagnant en sort déçu car il n'y a pas d'hospitalisation et parfois la personne est sortie alors que les formalités administratives ne sont pas encore totalement terminées.
Il faut donc connaitre le pourquoi et comprendre le bien fondé de la décision médicale. De toute façon, lorsque la personne veut sortir, elle sortira sauf si l'on juge qu'elle peut se mettre en danger. Généralement, elle restera durant le temps nécessaire à ce que l'alcoolémie redescende au dessous de 0.5g/l de sang (taux légal)
 

GENERALITES

Processus psychopathologiques    
 

Quand parler d'alcoolisme chronique :

On en parle lorsque la consommation excessive perdure et que les doses (dans tous les cas observés) augmentent de façon non négligeable.
La rapidité d’ingestion, les horaires de plus en plus tôt dans la journée, la fréquence des prises sont des éléments à prendre en considération.
Exemple : Marie (nom d'emprunt) tardait tous les jours à prendre son premier verre d'alcool (bière, ou autre) car dés ce moment, l'alcoolisation l'amenait à l'ivresse totale. Elle a été bridée par le travail (éducation) et a réussi à ne pas boire durant son service mais à la retraite, tout a dérapé. N'ayant plus de contraintes, les prises sont devenues précoces et en augmentation.
  Aux urgences, le diagnostic est fonction de plusieurs facteurs : Intensité des troubles, quantité d’alcool consommée, de la rapidité d’ingestion, de l’âge et de la susceptibilité du sujet.
         

Ce qui est pris en considération :

  1. Intoxication alcoolique (IA) = consommation d’éthanol à des doses entraînant des perturbations organiques et/ou mentales.
  2. Consommation occasionnelle dans IA aigues ou régulières (quotidienne ou discontinue) dans les IA chroniques
  3. Relation étroite entre risque d’accident et l’alcoolisme (risque dès 0,40 g/l)

Même dans un contexte évocateur d’intoxication éthylique aigue (IEA), l'urgentiste doit toujours éliminer en priorité une pathologie intercurrente :

  • Hypoglycémie (alcoolique dénutri) HGT (Hemoglucotest) +++
  • Hématomes intracrâniens et hémorragies méningées post-traumatiques
  • Intoxications d’autres natures associées ou non à la prise alcool : psychotropes (BZD (Benzodiazépines), BBT (Barbituriques), cannabis, cocaïne, hallucinogènes, solvants, CO (Monoxyde de Carbone).
  • Méningites ou encéphalites
  • Agression
  • Malaise, chute, sensation vertigineuse
  • Encéphalites alcooliques (Korsakoff, Wernicke)
  • Delirium tremens
  • Epilepsie
  • Sevrage
         

LES POINTS A RAPPELER

Tout médecin se doit d'appliquer la législation sinon il s'expose aux poursuites légales.

Alcool et législation

  • Loi : taux légal en France < 0,50 g/l pour les conducteurs de véhicules
  • Alcootest = dépistage de l’imprégnation alcoolique dans air expiré et non dosage de l’alcool. Obligatoire en cas d’infraction ou accident suivi de mort.
  • Alcoolémie pratiquée si alcootest positif ou en cas de refus de dépistage
 

Alcool et criminalité

  • 20 – 70 % des individus incarcérés sont des buveurs excessifs
  • 5300 décès par crimes et suicides/an imputables à alcool
  • « Tout alcoolique dangereux pour autrui est placé sous surveillance par l’autorité sanitaire (DDASS)»; ivresse avec violence, trouble du comportement menaçant la sécurité de sa famille ou milieu socioprofessionnel
         
Généralement, les suites aboutissent aux cas suivants selon l'avis médical (lié au praticien, très souvent) :   1- Sortie dès le grisement.    
    2- Redirection vers un centre psychiatrique si troubles détectés.    
    3- Redirection vers un centre d'alcoologie qui jugera du bien fondé de la suite.    
TOUT CECI SERA DECIDE PAR L'URGENTISTE ET NON PAR LA FAMILLE.